Pourquoi je pratique le yoga : cinq raisons

Par Christian Möllenhoff – publié le 19 septembre 2012

On me pose régulièrement la question suivante : “Pourquoi pratiquer le yoga ?”

Ce n’est pas toujours évident d’exprimer ce que nous y trouvons, tant le yoga peut être subtil. L’évolution est tangible, mais lente, et les changements les plus importants ne sont pas faciles à expliquer avec des mots.

Dans cet article, je partage avec vous cinq raisons pour lesquelles je fais du yoga, ce que j’ai accompli par ma pratique, et pourquoi je continue, année après année. Gardez cependant la chose suivante à l’esprit pendant la lecture : le mot “yoga” est un couteau aiguisé qui est utilisé pour beaucoup de choses. Je ne parle que de ce que j’enseigne et pratique.

1. Un niveau d’énergie élevé et ciblé

J’avais 21 ans lorsque je me suis réellement mis au yoga. Mon environnement est alors devenu totalement expérimental : j’ai transformé mon petit appartement d’étudiant en terrain d’entraînement au hatha yoga, et passais tout mon temps libre à la pratique – environ sept heures par jour.

Une des premiers effets que j’ai observé de cette intense sadhana était que mon énergie se développait pour atteindre un niveau élevé, et stable. Au lieu d’osciller entre dépression et excitation, j’étais ancré dans un espace de contentement, de calme. Que j’aie la capacité d’influencer mon état d’esprit à ce point a été une révélation immense.

Rapidement, j’ai observé que cette énergie que je cultivais me rendait plus puissant et d’endurant. A tout moment, dès que nécessaire, je pouvais entrer en action sans résistance, presque spontanément. Je m’occupais de choses qui attendaient sur ma liste depuis un long moment. J’ai commencé à prendre des décisions importantes et mettre en place des initiatives audacieuses.

J’ai aussi découvert qu’il m’était possible de diriger mon énergie et mon attention d’une manière nouvelle. Lorsque je concentrais mes pensées dans une direction particulière, mon attention se collait, voire même était attirée par l’objet de mon choix. C’était tout à fait désirable, comme qualité, pour l’étudiant que j’étais !

Mais ces impressionnants changements, aussi positifs qu’ils étaient, m’effrayaient aussi. Je n’avais pas de perspective, et je ne voyais pas comment, à terme, intégrer ces découvertes dans une vie sérieuse. J’étais seul, et j’avais besoin d’un guide.

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Moi pendant le stage de trois mois au centre de retraite Håå 2002

2. La sensation d’être vivant

Quelques années plus tard, je suis devenu le disciple de Swami Janakananda Saraswati. Vivre dans son ashram, au milieu de la forêt suédoise, était fabuleux. Dans cet environnement extraordinaire, coupé de la société moderne, plusieurs mois passaient souvent sans contact avec le monde extérieur. C’était exactement ce genre de cadre, calme et protecteur, dont j’avais besoin pour explorer une sadhana intense tout en restant actif. Là-bas, le bruit ambiant était proche de zéro. J’ai appris à stabiliser ma pratique, et à utiliser mon énergie dans du karma yoga. J’ai appris à apprécier la croissance de ma sensibilité psychique, plutôt que de m’en laisser submerger.

Avec le yoga, une plus grande sensibilité se développe, et tout est amplifié. Tout ce qui passe à travers soi est vécu plus intensément, plaisirs autant que douleurs. On se sent plus vivant–on est touché par la vie. C’est merveilleux d’être plus sensible. Mais il est nécessaire de s’entraîner et d’acquérir une certaine expérience pour être confortable avec cette sensibilité. La méditation Antar Mauna (silence intérieur) est essentielle pour atteindre cela. Surtout, Swami Janakananda rendait ses élèves plus robustes avec le karma yoga et l’apprentissage de la pleine conscience dans la vie quotidienne.

Avoir une certaine sensibilité est une qualité désirable. Par la pratique quotidienne, elle peut être maintenue même dans l’activité d’une vie citadine.

3. La paix avec l’ego

La sensibilité qui découle du yoga et de la méditation ne concerne pas uniquement ce qui vient de l’extérieur. La conscience s’ouvre également vers l’intérieur. On commence à voir plus clairement les tendances et inclinaisons qui constituent notre personnalité. On observe la manière dont notre mode de perception informe ce qui croise notre chemin dans la vie. On devient plus conscient de notre comportement relationnel, et des conséquences de nos actions. On apprend à connaître notre égo, par l’expérience directe.

Avoir un égo fait partie de la vie dans ce monde, tout comme le fait d’avoir un corps. Je n’ai jamais essayé de me débarrasser de l’égo – à mon avis, cela serait névrotique. Par le hatha yoga, la méditation, le karma yoga, et un mode de vie stratégique, on peut néanmoins se réconcilier avec notre égo, pour le dépasser.

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Les champs à coté la salle de médition des habitants de l’ashram

4. Découvrir le vrai soi

Pour un novice, nous sommes ce qu’il se passe à l’intérieur. Ce que l’on pense, ce que l’on ressent, on le prend comme la réalité. Mais c’est s’emprisonner derrière un mur de pensées, d’idées et de concepts. Lorsqu’on se lance dans une investigation systématique de la nature du psychisme, ce mur est lentement déconstruit.

Par la pratique du yoga, j’ai ainsi vu l’opacité de mon esprit se clarifier, devenir moins dense, jusqu’à la transparence. Lorsque le psychisme est transparent, cela ne signifie pas que le manque de confiance, la dépression, l’angoisse, ou tout autre état psycho-émotionnel, n’apparaissent plus. Mais la possibilité de voir au travers d’eux me permet de ne pas en être dévoré. Je peux choisir de ne pas m’identifier à ces fluctuations, et je ne les laisse pas me définir.

Quand je parle du psychisme, je découvre que le français a un vocabulaire limité : il n’y a pas de mot pour décrire l’esprit comme objet séparé du soi. En revanche, en chinois, il y a une très belle manière d’exprimer cela. Littéralement, l’idiogramme signifie “le champ au-dessus du cœur” – l’espace au-dessus de soi.

Ce champ contient toutes les impressions et les expériences, qu’elles viennent de l’extérieur ou qu’elles soient perçues de l’intérieur. Lorsqu’on observe ce champ à partir de notre cœur, de notre centre, il est impossible d’en avoir peur : on sait que l’on n’est pas ce que l’on perçoit. On comprend que notre identité véritable est au centre. Le champ est soumis à l’impermanence. Mais au cœur de soi, on est éternel, immuable.

Se rapprocher de ce cœur, de notre identité centrale, est véritablement réconfortant et joyeux. Cela change toutes nos perspectives.

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Le champ au dessus du cœur

5. Vivre notre destin

Au fil des ans, le yoga et la méditation ont nourri de l’intérieur la flamme de ma conscience. La lumière de cette flamme m’a lentement rendu moins ignorant. Sa lumière m’a donné le courage de chercher une vie en harmonie avec ma nature – elle a brulé de nombreuses illusions et doutes. Cette lumière m’a guidé dans une quête pour connaître ce que je suis. A chaque fois que je me suis perdu, elle m’a montré la voie.

En étant fermement connecté au soi le plus profond, la vie se déroule naturellement et en accord avec nos souhaits les plus purs. Il n’y a plus besoin de tout planifier : ce dont on a besoin vient spontanément. Les décisions que nous prenons sont justes, parce qu’il est impossible de faire autrement. Lorsque la vie est ainsi pure et simple, il n’y a plus besoin de lui chercher un sens. Il est évident.