Enseveli sous terre

Par Christian Möllenhoff – Publiée le 18 juin 2016


Une manière dangereuse de démontrer sa capacité à contrôler son corps est de se laisser enterrer vivant. Des yogis ont survécu de longues périodes en se tenant enfermés dans de petits confinements. Mais il existe également des exemples de tentatives mortelles.

Lors d’un documentaire effectué en Inde durant le Kumbha Mela à Allahabad en 2013, Diego Buñuel, reporter au National Geographic a filmé l’intervention de la police qui empêcha le sâdhu Naga Saraswati de s’enfermer dans un confinement. Le yogi avait prévu d’y méditer pendant neuf jours, sans nourriture, sans eau, avec seulement l’oxygène qui aurait pu pénétrer les murs du confinement. Il allait, selon lui, quitter son corps.


Naga Saraswati empêché par la police indienne de méditer dans un confinement.

Pour la plupart des hommes, la pensée d’être enfermé sans air ou presque, est angoissante. Cela peut entraîner la mort, soit par asphyxie, déshydratation, faim ou hypothermie lorsque la température extérieure est basse. Dans un petit confinement hermétique, en fonction de la quantité d’air accessible et de la consommation d’oxygène, il est normalement possible de survivre quelques heures. Si, de quelque façon, l’air est accessible, il est possible de survivre quelques jours. Dans les cas extrêmes, même sauvé avant la mort, des dommages irréversibles au cerveau sont probables.

Ralentissement du cœur et diminution de la consommation d’oxygène
Pour ne pas mourir ou souffrir de dommages en de telles conditions, il est nécessaire de diminuer sa consommation d’oxygène et son métabolisme. Ces exploits démontrant la capacité de l’organisme à modifier les processus physiologiques, ont depuis longtemps attiré l’intérêt des chercheurs comme l’admiration du public.

Déjà en 1935, la cardiologue française, Thérèse Brosse, emmenait en Inde un électrocardiogramme (ECG). Elle examina entre autres, Krishnamacharya, le grand-père de yoga postural, qui selon elle, réussi à produire un rythme cardiaque proche de zéro pendant plusieurs secondes.

Grâce à la rétention du souffle, ainsi qu’à d’autres méthodes du Hatha yoga, le rythme cardiaque peut être ralenti. Dans une étude publiée en 1958, les chercheurs indiens G.G. Satyanarayanamurthi et B.P. Shastry décrivent le cas d’un yogi dont le cœur pouvait continuer à battre très faiblement pendant des périodes de 30 secondes. Son pouls radial ne pouvait être perçu et ses battements cardiaques étaient inaudibles au stéthoscope.

Une autre manière de ralentir le rythme cardiaque et le métabolisme, est d’employer une technique de méditation. Il est avéré que même des débutants peuvent influencer, à un certain degré, ces paramètres au moyen d’une technique simple. Il existe de rares exemples où des personnes ont montré leur faculté à exercer un contrôle direct sur leur système nerveux autonome et, à volonté, laisser « tout s’arrêter ».

Enterrements documentés
Les exemples sérieusement documentés abondent. Dans un article publié par la revue scientifique médicale The Lancet, le physicien Rustom Jal Vakil, décrit le cas du sâdhu Ramdasji, qui était en 1950 resté assis dans la posture du lotus dans un confinement souterrain de 6 m3 durant 62 heures.

En juin 1956, une expérience attentivement surveillée a été effectuée par le All India Institute of Mental Health, à Bangalore. Le psychiatre Hoening (Université de Manchester), en témoigne et la décrit dans une revue de recherche consacrée au yoga publiée en 1968. Selon le récit du psychiatre, un yogi nommé Krishna Iyengar resta enfermé pendant 9 heures dans un confinement guère plus grand que son corps et mesurant environ un mètre de profondeur. Le yogi était allongé dans savasana et pratiquait ujjayi pranayama en se souvenant les noms de dieu.


Cette démonstration filmée en 1929 parait peu impressionnante au regard des autres enterrements
décrits dans cet article. Il a néanmoins attiré de nombreux spectateurs.

D’après les outils d’enregistrements, le yogi est resté immobile et complètement éveillé pendant toute la durée de la séance. Son activité cérébrale a démontré un rythme alpha stable signifiant l’absence de cognition active, tout en restant conscient. La concentration en dioxyde de carbone  dans le confinement passa de 1.34 % au début de la séance à seulement de 3.8 % à la fin ; chiffre qui s’avéra nettement moindre à celui attendu.

Une expérience remarquable
Dans une expérience remarquable surveillée par L.K. Kothari et ses associés, le yogi Satyamurti est resté enterré pendant 8 jours dans un confinement de 1,5 m3 couvert de briques et de ciment. Il avait expliqué aux chercheurs qu’il allait se mettre dans un état de méditation profonde et qu’après 7 jours il commencerait à sortir de cet état comme quelqu’un qui se réveillerait après un long sommeil.

Après 29 heures dans cet état d’enfermement, avec un rythme cardiaque accéléré jusqu’à atteindre le rythme considérable de 250 battements/mn, le signal cardiaque disparu subitement de l’ECG. Les chercheurs supposaient que les électrodes avaient été enlevées par le yogi, intentionnellement ou par mégarde. Ils étaient d’autant plus stupéfaits que le signal réapparu plusieurs jours plus tard, une demi-heure avant la fin de l’expérience et le des-enterrement du yogi.

Au terme du confinement, le yogi a été retrouvé assis dans la même position de départ, mais dans un état stuporeux et une hypothermie à 34,8° C. Les chercheurs ne sont pas parvenus à trouver de quelle manière Satyamurti aurait pu manipuler les électrodes de l’ECG sans produire un signal sonore. De plus, le yogi ne connaissait pas le fonctionnement de l’appareil d’enregistrement, et le trou était complètement sombre.

A l’aide de tests rigoureux, tout dysfonctionnement de l’appareil a été exclu. D’ailleurs, s’il s’agissait d’un dysfonctionnement, quelle coïncidence extraordinaire qu’il se remette en marche normale exactement 30 mn avant la fin de l’expérience. La disparation du signal ECG était probablement du à un affaiblissement important du battement cardiaque. Il semblerait que le yogi ait intégré une sorte de chronomètre interne l’avertissant de la fin proche de l’expérience.

Boîte aux parois de verre
Partant du fait que les confinements sous terre permettent plus ou moins le passage de l’oxygène, les chercheurs Anand, Chhina et Singh ont testé auprès du yogi Ramananda, un confinement dans une boîte hermétique aux parois de verre et métal. Enfermé dans cette boite pendant huit heures d’abord, puis durant dix heures, la consommation en oxygène du yogi a été réduite, passant de 19.5 l/h jusqu’à 12.2 l/h pour le seuil le plus bas. De même, le dioxyde de carbone expiré a été réduit. Ainsi donc, le yogi Ramananda démontrait qu’il était capable de réduire son métabolisme.

L’incroyable sâdhu Haridas
Le sâdhu Haridas était un fameux yogi du 19ème siècle, renommé pour sa capacité à contrôler son corps à volonté. Son exploit le plus célèbre se déroule en 1837 ; il reste enfermé dans un confinement souterrain, sans nourriture, sans eau, avec seulement un accès limité à l’oxygène pendant 40 jours. Cet exploit est censé se dérouler à la cour du Maharaja du Punjab, avec pour témoin le Maharaja lui-même et un certain nombre de docteurs français et anglais.

Le yogi, installé dans une posture assise, est placé dans un sac de toile fermé par une ficelle et déposé dans une boîte en bois fermement rivetée et scellée avec le cachet du Maharaja. Cette boîte est à son tour placée dans un caveau de brique spécifiquement construit pour les besoins de cette expérience. Enfin, la boîte est recouverte de terre de façon à remplir le caveau. La garde du Maharaja est de surveillance afin d’éviter toute tromperie.

Quarante jours plus tard, Haridas est des-enterré en présence du Maharaja, de sa cour et des docteurs témoins de son ensevelissement. Le corps du yogi ne montre d’abord aucun signe de vie. Du ghee est placé sur ses paupières et sur sa langue. Une fois rincé à l’eau chaude et massé, Haridas commence à récupérer.

Claud Wade, un résident britannique de la cour du Maharaja raconte dans un article publié dans le revu the World que « depuis l’ouverture de la boîte jusqu’au rétablissement de la voix, pas plus d’une demi-heure ne s’est écoulée, et dans une autre demi-heure le Fakir* a parlé avec moi et les autres personnes présentes sans problème mais faiblement, comme une personne malade. Ensuite on l’a quitté convaincu qu’aucune fraude ou collusion n’avait compromis l’exhibition dont nous avions témoigné. »

*Les observateurs étrangers ont souvent du mal à faire la différence entre les fakirs musulmans et les sâdhus yogis. Malgré le terme employé, il est évident que Haridas n’était pas un fakir mais notamment, un sâdhu.