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L’Amritasiddhi – Le big bang du yoga physique

Amritasiddhi manuscrit inversé

L’Amritasiddhi n’a pas seulement été oublié : il a longtemps manqué au récit même des origines du yoga physique. Redécouvert seulement au début des années 2000, ce texte sanskrit du XIe siècle éclaire d’un jour nouveau la place du corps et du souffle dans la quête yogique, bien avant la codification médiévale classique du Hatha Yoga.

La naissance du yoga physique : le corps comme laboratoire

Redécouvert par la recherche académique au début des années 2000, l’Amritasiddhi invite à reconsidérer ce qui manquait encore au yoga avant le XIe siècle (Schaeffer 2002 ; Mallinson 2020 ; Mallinson & Szántó 2021).

Un yoga déjà ancien : méditation, respiration et libération

Avant l’apparition de l’Amritasiddhi, le yoga est déjà une tradition ancienne, riche, diverse et solidement établie. En revanche, il n’existe pas encore de méthodes corporelles systématiques et explicitement formulées faisant du corps un outil central. Le corps n’est ni travaillé de manière méthodique, ni conçu comme le lieu principal de l’opération transformatrice.

Des textes anciens comme la Chandogya Upanishad (environ VIIe siècle av. J.-C.) établissent déjà un lien étroit entre prana (l’énergie vitale) et manas (la substance mentale), montrant que le souffle est reconnu comme un facteur déterminant de l’état mental et de la conscience.

Les Yoga Sutras confirment cette importance du souffle : Patanjali souligne à plusieurs reprises le rôle du contrôle et de l’attention portée à la respiration dans l’apaisement des fluctuations mentales. Toutefois, il n’y propose aucune méthode technique détaillée de travail respiratoire, laissant entendre que la pratique relève avant tout de l’observation et du raffinement progressif du souffle plutôt que d’une action physiologique structurée (Olivelle 1998 ; Mallinson 2015).

Le cadre conceptuel est donc largement en place : le souffle, l’esprit et la libération sont déjà pensés comme intimement liés.

Tantrisme : une physiologie subtile sans méthode corporelle

Les siècles qui précèdent l’Amritasiddhi voient l’essor de traditions tantriques riches et innovantes. On y trouve notamment :

  • Des doctrines de la kundalini (sous des formes variées)
  • Une physiologie subtile fondée sur les vaisseaux énergétiques, le souffle et le bindu des visualisations internes et des rituels complexes, avec les chakras comme supports de concentration.

Malgré cette sophistication, le corps demeure un support rituel ou un obstacle à transcender, plutôt qu’un outil de transformation fondé sur une progression technique reproductible (Mallinson 2020).

Soleil, Lune et Feu : le modèle énergétique pré-Kundalini

Le titre du texte est déjà programmatique. Amritasiddhi signifie « l’accomplissement de l’amrita », le nectar d’immortalité des traditions tantriques. Il indique d’emblée que l’enjeu du texte n’est pas seulement la libération spirituelle, mais un travail corporel visant la préservation et la transformation de la vie elle-même.

Les traditions tantriques indiennes ont élaboré une physiologie subtile du corps fondée sur une triade cosmique : la Lune, le Soleil et le Feu. Loin d’un simple symbolisme, cette triade vise à décrire des processus vitaux concrets à l’œuvre dans le corps humain.

La lune, symbole de refroidissement et de conservation.
Dans l’Amrtasiddhi, elle est située dans la tête et considérée comme la source de l’amrita, un nectar vital que la discipline yogique cherche à préserver face aux forces de la chaleur et du déclin.

La Lune (chandra), associée à la tête, est le lieu de production de l’amrita ou bindu, une substance vitale fraîche et régénératrice, décrite comme s’écoulant goutte à goutte depuis le sommet du crâne. Le Soleil (surya), localisé dans la région abdominale, représente le feu digestif qui consume cette essence, expliquant le vieillissement et la mort (Mallinson 2020, Mallinson & Szántó 2021).

Dans ce cadre, le problème yogique fondamental n’est pas encore formulé en termes de montée de l’énergie dans le conduit central dans la colonne vertébrale, mais comme une question de perte et de conservation : comment empêcher l’amrita de se consumer, comment la stabiliser et la redistribuer. Ce modèle, attesté dans des tantras shivaïtes et bouddhistes des IXe–Xe siècles, constitue un processus énergétique parallèle — et probablement antérieur — à la dynamique ascendante qui deviendra centrale dans le Hatha Yoga. L’Amritasiddhi reprend cet héritage, mais en proposant pour la première fois des moyens corporels précis pour activer ces mécanismes.

Pratiques corporelles dispersées et non systématisées

Avant l’Amritasiddhi, les pratiques physiques connues relèvent principalement du tapas : austérités, mortifications, disciplines extrêmes visant à éprouver ou purifier le pratiquant. Le contrôle du souffle est parfois présent, mais sans cadre technique précis ni articulation progressive.

Comme l’a montré le chercheur en yoga, James Mallinson, certaines techniques corporelles — khecari mudra, par exemple — ont très probablement été pratiquées dans des milieux ascétiques avant leur apparition dans les textes. Elles circulent de manière orale et expérimentale, sans être codifiées, systématisées ou intégrées dans un ensemble cohérent.

Les sources bouddhiques anciennes vont dans le même sens. Le Bouddha rejette explicitement les pratiques d’asphyxie et de mortification extrêmes, sans pour autant proposer de descriptions techniques détaillées du travail respiratoire. Cela suggère l’existence de pratiques corporelles aujourd’hui perdues ou non transmises, restées en marge des corpus textuels.

Aller plus loin dans la pratique

Si ces réflexions vous parlent, nous partageons chaque semaine des articles approfondis sur le yoga et la méditation.

L’Amritasiddhi : le premier système de yoga physique

L’Amritasiddhi marque un tournant décisif dans l’histoire du yoga (Mallinson 2020). Là où, jusque-là, les pratiques corporelles restaient dispersées ou implicites, ce texte propose une organisation cohérente du travail physique yogique, intégrée à la physiologie subtile tantrique.

Ni invention, ni synthèse théorique

L’Amritasiddhi n’invente pas de nouveaux concepts yogiques : la respiration, le canal central ou les forces internes étaient déjà connus. Ce qui est nouveau, c’est la manière de les mettre en œuvre. Pour la première fois, un texte ne se limite pas à décrire le corps subtil ; il montre comment agir physiquement sur lui à travers des techniques précises.

Un système de yoga physique

Avec l’Amritasiddhi, les pratiques corporelles sont intégrées dans un système structuré. Les techniques sont clairement nommées, leurs effets sont directement reliés à une physiologie interne, et elles s’inscrivent dans une progression méthodique.

Il ne s’agit plus de gestes isolés ni d’austérités extrêmes, mais d’un processus reproductible, conçu pour produire des effets précis sur la physiologie subtile et l’état de conscience.

La transformation ne repose plus uniquement sur la méditation ou la connaissance, mais sur un travail corporel intentionnel, dans lequel le souffle agit comme agent central.

De l’avaduti à la sushumna : le rôle du canal central

L’Amritasiddhi n’invente pas la cartographie du canal central — appelé avaduti dans le vajrayana ou sushumna dans le Hatha Yoga — mais transforme radicalement la manière d’y agir. Alors que ce canal était jusque-là activé principalement par la visualisation, le rituel ou la méditation, le texte introduit une action corporelle directe, fondée sur la rétention du souffle, les mudra et les bandha.

Un yoga né en milieu vajrayana

Ce texte éclaire d’un jour nouveau les origines du yoga physique. Or, le milieu dans lequel il a émergé s’avère en partie inattendu.

Un contexte bouddhiste vajrayana et siddha

L’Amritasiddhi a été rédigé dans un milieu bouddhiste vajrayana, au sein de cercles de yogins — souvent désignés comme siddhas (maîtres accomplis). Leur objectif n’était pas seulement la libération, mais une transformation de la condition humaine, incluant longévité et pouvoirs surnaturels. 

Ce point est essentiel : le Hatha Yoga ne naît pas dans l’hindouisme orthodoxe. Il émerge dans des milieux marginaux et expérimentaux, où les frontières doctrinales sont poreuses et où l’efficacité de la pratique prime sur l’orthodoxie.

Chakrasamvara–Vajravarahi, thangka vajrayana (domaine public).
Le bouddhisme vajrayana fait partie du vaste courant tantrique de l’Inde médiévale, en dialogue étroit avec des traditions hindoues comme le shivaïsme, partageant un même langage rituel, symbolique et initiatique.

Transmission textuelle et effacement progressif des racines bouddhistes

Les chercheurs ont récupéré plusieurs manuscrits de l’Amritasiddhi. Dans les manuscrits les plus anciens du texte, la provenance bouddhiste est clairement identifiable.

Dans des manuscrits plus récents, copiés ultérieurement, ces racines bouddhistes ont en pratique été effacées, volontairement ou par malentendu. Ce phénomène reflète l’intégration progressive du texte et de ses méthodes dans d’autres cadres religieux.

Un tantra peu ritualiste, centré sur l’efficacité corporelle

L’Amritasiddhi est clairement tantrique, mais peu ritualiste. Il accorde peu de place aux mantras, aux visualisations élaborées ou aux prescriptions symboliques complexes. Son centre de gravité est ailleurs : dans le travail corporel direct.

Réappropriation et diffusion trans-traditionnelle

Il n’y a pas eu deux formes entièrement séparées de Hatha Yoga — l’une bouddhiste, l’autre shivaïte — apparues indépendamment. Les techniques élaborées dans des milieux ascétiques liés au vajrayana ont progressivement été reprises, reformulées et intégrées dans les traditions nath puis shivaïtes. Leur efficacité pratique a été conservée, tandis que leurs justifications symboliques et doctrinales ont évolué.

Partageant des racines communes, ces techniques ont ainsi donné naissance à des formes de Hatha Yoga aux identités religieuses et culturelles distinctes. Les circulations ne furent d’ailleurs pas à sens unique : les développements ultérieurs dans les milieux nath et shivaïtes ont vraisemblablement influencé en retour certaines pratiques bouddhiques. Le Hatha Yoga s’est ainsi constitué comme un ensemble de méthodes corporelles capables de traverser les traditions et de s’adapter à des cadres spirituels variés, parfois même en dehors de tout cadre religieux explicite.

Quand le corps devient laboratoire alchimique

Un fait s’impose à la lecture de l’Amritasiddhi : le texte recourt de manière massive et systématique à un vocabulaire alchimique (Mallinson 2025). Cette présence est indéniable, mais elle n’est jamais explicitement expliquée. À cette époque, dans ces milieux tantriques, l’alchimie peut être comprise comme une forme de proto-chimie métaphysique : une science pratique de la transformation des états de la matière, indissociable d’une vision cosmologique et spirituelle du monde.

L’Amritasiddhi n’enseigne pas l’alchimie externe ; il décrit le yoga à l’aide d’un langage alchimique, empruntant ses catégories pour rendre compte d’un processus réel de transformation corporelle. Les pratiques sont formulées en termes de fixation, de scellement, de cuisson et de transmutation, et le corps est implicitement conçu comme un four alchimique vivant : à la fois le lieu du processus, la matière transformée et l’instrument même de cette transformation.

Des traces de ce vocabulaire alchimique subsistent dans des textes ultérieurs du Hatha Yoga, y compris dans la Hatha Yoga Pradipika. Toutefois, contrairement à l’Amritasiddhi, l’alchimie n’y joue plus un rôle structurant : elle devient ponctuelle, souvent symbolique, et cesse d’organiser de manière explicite la présentation des pratiques.

Maha mudra, bandha et vedha : les piliers de la pratique

L’Amritasiddhi s’organise autour de trois pratiques : maha mudra, maha bandha et maha vedha. Maha signifie ici « grandes » ou « essentielles ».

Maha mudra

Maha mudra est présentée comme une technique dissimulée secrètement dans un ensemble de textes appelés les tantras. En réalité, elle n’a jamais été décrite à l’écrit dans l’Amritasiddhi. Il s’agit d’une stratégie répandue dans l’Inde ancienne, consistant à inscrire un enseignement nouveau dans une continuité scripturaire plus ancienne afin de lui conférer une légitimité.

Appuie soigneusement le périnée avec le talon gauche, tends le pied droit et saisis-le fermement avec les mains.

Soulève les hanches sur un siège (asana), place le menton contre la poitrine, ferme les neuf [ouvertures] corporelles et remplis l’abdomen d’air.

Place l’esprit au carrefour (catuhpathe)* et commence le contrôle du souffle. Immobilise le mouvement de la Lune et du Soleil, et pratique la rétention du souffle (pranayamantranam).

Amrtasiddhi 11:3-5

Le corps est placé dans une position stable et tenue, destinée à immobiliser les mouvements inutiles, tout en créant une pression au niveau du périnée. Et, fait véritablement nouveau, cette posture est accompagnée d’une rétention du souffle.

Maha mudra, représentée par une gravure issue du Yogasopasana Parvachatushka, manuel de yoga illustré du début du XXᵉ siècle (vers 1901), attribué au yogi Ghamendi.

Maha bandha

Maha bandha est une technique composite, réunissant deux pratiques : le verrou de la racine (mulabandha) et le verrou du menton (jalandhara bandha), qui, à la suite de leur introduction dans ce texte, deviendront deux autres pratiques fondamentales du Hatha Yoga jusqu’à nos jours. Chez Yoga & Méditation Paris nous les intégrons dans chaque séance.

Elle est présentée comme fonctionnant en étroite relation avec maha mudra.

Le verrou de la racine est réalisé par la contraction simultanée de l’anus et du périnée, ce qui force le prana à s’élever vers le haut.

Les yogins sont assurés de maîtriser ce Grand Sceau grâce à la technique appelée Grand Verrou (mahabandha), qui maintient le souffle dans le corps.

Amrtasiddhi 12.1

En plaçant tous les éléments dans le récipient de la rétention du souffle (kumbhaka), par une contrainte ferme, et en faisant de la gorge un verrou après avoir uni prana et apana, ce verrou arrête le mouvement ascendant dans tous les canaux. C’est par la grâce de ce procédé seul que le verrou du périnée devient efficace.

Amrtasiddhi 12.14–15

Maha vedha

Maha vedha est la pratique finale. Elle est destinée à être réalisée une fois que le prana a été activé par maha mudra et maha bandha.

La méthode n’est pas décrite avec une clarté totale dans le texte, mais elle semble impliquer une position accroupie, les pieds fermement ancrés au sol. Les chercheurs en yoga comprennent généralement cette pratique comme incluant un mouvement appuyé des hanches ou des fessiers vers les talons, créant une impulsion mécanique qui aide à propulser le prana dans le canal central.

Si de tels mouvements ne font pas partie du yoga postural moderne, des pratiques impliquant le frappement ou l’abaissement des fessiers subsistent dans des courants plus ésotériques du Hatha Yoga contemporain, par exemple dans la tradition Satyananda et dans certaines formes de yoga vajrayana contemporain.

Lorsque le souffle — le prana — s’élève dans le canal central poussé par maha vedha, il est dit qu’il perce les trois nœuds (granthi) : les nœuds de Brahma, Vishnu et Rudra.

Ce point est particulièrement intéressant. Dans les formulations ultérieures du Hatha Yoga, c’est la kundalini qui s’élève dans la nadi centrale et qui, en plus de percer les nœuds, perce également les lotus, c’est-à-dire les chakras.

Héritage : de l’Amritasiddhi à la Hatha Yoga Pradipika

Pour saisir l’importance de l’Amritasiddhi, il est nécessaire de l’inscrire dans une histoire de continuités et d’évolutions qui conduira au Hatha Yoga classique.

Un texte fondateur, largement repris

L’Amritasiddhi n’est pas resté un texte isolé. Ses idées et ses pratiques ont circulé, été reprises et transformées dans plusieurs textes majeurs qui marquent les débuts du Hatha Yoga médiéval, comme le Gorakshasataka, le Dattatreyayogashastra ou encore l’Amaraughaprabodha.

On retrouve même plusieurs vers de l’Amritasiddhi intégrés, parfois presque mot pour mot, dans la Hatha Yoga Pradipika (Mallinson 2020).

Même si l’Amritasiddhi n’emploie pas encore le terme Hatha Yoga, les techniques qu’il expose constituent les fondements de cette tradition en formation.

Aucun yoga postural dans l’Amritasiddhi

Bien que les postures soient aujourd’hui étroitement associées au yoga physique, elles occupent une place quasi inexistante dans l’Amritasiddhi.

Les méthodes corporelles mises en avant sont essentiellement :

  • Les mudra
  • Les bandhas
  • La rétention du souffle (kumbhaka).

Il n’est donc pas question d’introduire un yoga postural au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Le corps est mobilisé comme un outil au service du souffle et de la transformation intérieure, et non comme un champ d’exploration posturale.

L’apparition progressive des asana

C’est au fil de l’évolution du Hatha Yoga que l’on observe plusieurs déplacements notables. Les textes postérieurs accordent progressivement une place plus importante aux asana, mais il s’agit d’abord de variations autour de postures méditatives assises, destinées à soutenir la stabilité et la concentration.

La diversification des postures se fait lentement, sur plusieurs siècles. Les formes caractéristiques du yoga physique moderne, avec un large répertoire de postures debout, d’équilibres et d’enchaînements dynamiques, ne prendront véritablement leur forme actuelle qu’au cours du XXe siècle, sous l’influence de nouveaux contextes culturels, pédagogiques et corporels.

Un héritage composite

Ce que nous appelons aujourd’hui le Hatha Yoga est donc un héritage composite, issu d’une longue chaîne de transmissions, d’adaptations et de réinterprétations.

L’Amritasiddhi en constitue l’un des jalons essentiels, en posant les bases d’un yoga centré sur la rétention du souffle et la montée du prana dans le conduit énergétique central, mais il n’en représente ni l’aboutissement ni la forme définitive.

A retenir

  • L’Amritasiddhi (XIe siècle) constitue un texte fondateur majeur du yoga physique, antérieur de plusieurs siècles aux traités classiques du Hatha Yoga médiéval.
  • Avant l’Amritasiddhi, le yoga ne dispose pas encore de méthodes corporelles systématiques : le souffle et le corps sont pensés, mais rarement travaillés de manière reproductible.
  • Les traditions tantriques avaient déjà élaboré une physiologie subtile riche, incluant souffle, canaux énergétiques, bindu et amrita, mais principalement opérée par la visualisation et le rituel.
  • Le modèle Soleil–Lune–Feu, centré sur la conservation de l’amrita, précède historiquement la dynamique ascendante de la kundalini et constitue un héritage majeur repris par l’Amritasiddhi.
  • L’innovation décisive de l’Amritasiddhi réside dans le passage du symbolique à l’opératif : le texte montre comment agir physiquement sur le corps subtil par la rétention du souffle, les mudra et les bandha.
  • Le canal central (avaduti / sushumna) devient pour la première fois le support d’un travail corporel direct, et non plus seulement méditatif ou rituel.
  • Rédigé en milieu bouddhiste vajrayana, l’Amritasiddhi témoigne de circulations continues entre traditions ascétiques ; ses méthodes seront ensuite réappropriées et reformulées dans les milieux nath et shivaïtes.
  • À l’origine du Hatha Yoga, le corps et le souffle sont conçus comme des instruments de transformation, capables de devenir, sans dogme ni surcouche doctrinale, de véritables véhicules de libération.

FAQ – Questions sur l’Amritasiddhi

Dans l’Amritasiddhi, l’amrita n’est pas un mythe ni une substance symbolique abstraite. Il désigne un principe vital associé à la longévité et à l’absence de mort, produit à l’intérieur du corps, en lien avec la « lune » située dans la tête. La pratique yogique vise à empêcher la perte de cet amrta, considérée comme la cause du vieillissement et de la mort.

Parce qu’il propose l’une des premières formulations cohérentes d’une libération obtenue par des moyens corporels. Il précède les systèmes plus tardifs du Hatha Yoga tout en en posant déjà les principes essentiels.

Non, pas sous la forme connue du yoga moderne.
L’Amritasiddhi décrit deux physiologies subtiles parallèles, centrées sur la préservation de l’amrita et sur la circulation de l’énergie vitale dans le conduit central (sushumna), sans employer le terme kundalini. Le texte ne présente pas de système de chakras, mais évoque plutôt des nœuds ou blocages susceptibles d’entraver cette circulation.

Sources

Mallinson, J. (2015). Śāktism and Haṭhayoga. Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 78(2), 281–300. 

Mallinson, J. (2020). The Amṛtasiddhi: Haṭhayoga’s Tantric Buddhist source text. In D. Goodall, S. Hatley, H. Isaacson, & S. Raman (Eds.), Śaivism and the Tantric traditions: Essays in honour of Alexis G. J. S. Sanderson (pp. 409–441). Brill.

Mallinson, J., & Szántó, P.-D. (2021). The Amṛtasiddhi and the origins of Haṭhayoga. SOAS, University of London.

Mallinson, J. (2025). The Amṛtasiddhi: Haṭhayoga’s flash in the alchemical pan. In D. Wujastyk (Ed.), Indian alchemy: Sources and contexts (pp. 255–270). Oxford University Press.

Olivelle, P. (1998). The early Upaniṣads: Annotated text and translation. Oxford University Press.

Schaeffer, K. R. (2002). The doctrine of the subtle body in Tantric Buddhism. Journal of the International Association of Buddhist Studies, 25(1–2), 1–37.

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Christian Möllenhoff 2024
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Christian Möllenhoff

Professeur de yoga et formateur d’enseignants, Christian est reconnu pour sa pédagogie rigoureuse et inspirante. Il est le professeur principal de l’école Yoga & Méditation Paris, le créateur du site Forceful Tranquility, et l’auteur principal de ce blog.

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