Plein d’oxygène pendant Nadi Shodana

Ecrit par Per Lange pour la magazine Bindu  – publié sur ce blog le 26 septembre 2013, avec l’aimable autorisation de l’Ecole Scandinave de Yoga et de Méditation.

SPO2 pendant Nadi Shodana
 

SPO2 : Le taux d’oxygène dans le sang est normalement de 90-98%. Pendant Nadi Shodana, il tombe au plus bas à 88%, soit un taux équivalent à celui de sportifs au maximum de leur performance.

 

 

 

 

 

 

Etude pilote réalisée par le Dr Per Lange, spécialisé en médecine interne

Lorsqu’on pratique Nadi Shodana (la respiration alternée), ou d’autres exercices de rétention du souffle, le besoin de respirer semble parfois disparaître. Comme si l’on pouvait rester indéfiniment en apnée. Quand cela m’arrive, je me demande avec inquiétude combien de temps il est possible de retenir son souffle sans que le manque d’oxygène devienne préjudiciable. Le meilleur moyen de répondre à cette question est de mesurer le taux d’oxygène présent dans les artères pendant la période de rétention. C’est ce que nous avons fait.

En automne 1998, j’ai mené une série de tests intéressants à l’hôpital Karolinska de Stockholm. Cet article décrit celui consacré à Nadi Shodana.

Le sujet de l’expérience était un homme d’une quarantaine d’années, de stature normale, pratiquant depuis vingt ans la respiration yogique. Nous lui avons demandé de réaliser cinq cycles de respiration alternée (inspiration / rétention du souffle / expiration) sur le mode de 1:4:2, soit dix respirations en quinze minutes, ce qui est plutôt lent – une personne au repos respire seize fois par minute.

Pour mesurer le sang qui alimente le cerveau, un échantillon prélevé sur une veine ne suffit pas. Il faut avoir accès à une artère, dont le rôle est de transporter le sang, préalablement oxydé dans les poumons, vers les organes. Un anesthésiste plaça donc un fin cathéter en plastique dans l’artère radiale du bras gauche du sujet. Pendant que celui-ci pratiquait Nadi Shodana, il lui préleva plusieurs échantillons de sang.

Résultat
Des échantillons de sang ont été prélevés régulièrement pendant toute la durée de Nadi Shodana, puis quelques instants après. Avant l’exercice, le taux d’oxygène dans le sang du sujet s’élevait à 97% – un taux normal au repos. Pendant l’expérience, il est descendu au plus bas à 88% – un taux rassurant. Une fois l’exercice terminé, il est remonté en quelques secondes à 97%.

A titre de comparaison, la baisse du taux d’oxygène dans le sang à l’occasion de divers examens médicaux peut, chez des sujets en bonne santé, baisser jusqu’à 75% sans effets secondaires négatifs.

Pendant le test, nous avons aussi mesuré le taux du dioxyde de carbone et le pH dans le sang du sujet. Leur évolution, ainsi que leur rapidité de retour à la normale, ont été identiques à celle du taux d’oxygène.

Conclusion
Même pratiqué très lentement, Nadi Shodana ne provoque pas un déficit d’oxygène dans le corps. Les seuils d’oxygène, de dioxyde de carbone ou de pH enregistrés à cette occasion n’ont rien de critique.

L’explication physiologique de l’accroissement de la clarté et de l’énergie induit par cette pratique n’est pas encore connue.

D’autres tests ont été effectués pendant la rétention du souffle. Des images du cerveau, réalisées avec une caméra par résonance magnétique, indiquent une considérable augmentation de l’activité cérébrale. D’abord dans les zones impliquées dans la réalisation d’une tâche puis, quand la rétention se répète à plusieurs reprises, dans l’ensemble du cerveau.

pCO2 pendant Nadi Shodana
pCO2 : Une forte augmentation du taux de dioxyde de carbone dans le sang a été enregistrée pendant Nadi Shodana, qui s’est ensuite rapidement normalisée. Cette augmentation du dioxyde de carbone donne la sensation d’avoir besoin de davantage d’air.
PH pendant Nadi Shodana
pH : La valeur du pH (mesure d’acidité) diminue en moyenne pendant Nadi Shodana de 7,4 à un peu moins de 7,26. Après l’exercice, elle revient rapidement à la normale.

 

Remerciements :
Réjane Ereau, pour la traduction.