Yoga hormonal – Ce que les pratiquants de yoga doivent savoir
Il est bien établi que le yoga peut influencer notre équilibre hormonal. Pourtant, certains vont jusqu’à affirmer que certaines postures permettent de corriger des déséquilibres hormonaux spécifiques. Il existe même une forme de yoga entièrement fondée sur cette idée : le yoga hormonal. Mais une pratique qui prétend « cibler » les hormones résiste-t-elle réellement à l’examen scientifique ?
Qu’est-ce que le yoga hormonal ?
Le yoga hormonal est un style de yoga conçue spécifiquement pour accompagner la ménopause et certains déséquilibres hormonaux. Développé par l’enseignante de yoga brésilienne Dinah Rodrigues1, il prétend réactiver la production d’hormones grâce à une combinaison de postures dynamiques, de techniques de respiration et de pratiques énergétiques censées stimuler les glandes endocrines, notamment la thyroïde, les ovaires et les glandes surrénales.
Pour de nombreux pratiquants de yoga, cette approche est séduisante, en particulier pour les femmes confrontées à la ménopause, à des difficultés de fertilité ou à des troubles de la thyroïde. Mais si vous attachez de l’importance à une approche fondée sur les preuves scientifiques, vous vous demandez peut-être si ces affirmations reposent réellement sur des données solides. La réponse courte est : pas vraiment.
Le yoga présente bel et bien des bénéfices bien documentés pour la santé hormonale2. En revanche, l’idée que certaines postures puissent cibler directement une glande endocrine ou relancer la production d’hormones ne repose pas sur des preuves scientifiques convaincantes.
Dans cet article, nous allons examiner ce qu’est le yoga hormonal, les effets qu’il prétend produire et ce que dit réellement la recherche. Nous verrons également pourquoi les données scientifiques ne soutiennent pas l’idée d’un rééquilibrage hormonal ciblé et comment aborder cette pratique avec un esprit à la fois ouvert et critique.
Aller plus loin dans la pratique
Si ces réflexions vous parlent, nous partageons chaque semaine des articles approfondis sur le yoga et la méditation.
Les origines du yoga hormonal
Le yoga hormonal, également appelé Hormone Yoga Therapy (HYT), a été développé dans les années 1990 par Dinah Rodrigues, professeure de yoga et physiologiste brésilienne. Après avoir surmonté ses propres problèmes de thyroïde grâce au yoga, elle a élaboré une méthode dynamique à visée thérapeutique destinée à stimuler le système endocrinien et à rétablir l’équilibre hormonal.
L’idée centrale du HYT est que certaines pratiques de yoga peuvent réactiver la production d’hormones dans des glandes comme les ovaires, la thyroïde ou les glandes surrénales. Dinah Rodrigues et ses élèves affirment que cette méthode peut soulager les symptômes de la ménopause, tels que les bouffées de chaleur, les sautes d’humeur ou la baisse de libido, et même favoriser le retour des règles ou améliorer la fertilité chez les femmes souffrant de déficits hormonaux. Le HYT est ainsi présenté comme une alternative naturelle au traitement hormonal substitutif (THS), ses promoteurs affirmant que son approche ciblée permet d’obtenir des résultats rapides.
Les séances de HYT comprennent généralement des enchaînements de postures dynamiques, comme la chandelle pour la thyroïde ou le cobra pour les glandes surrénales, censées « masser » ou comprimer les glandes endocrines. Elles intègrent également des techniques de pranayama dites « puissantes », telles que kapalabhati ou bhastrika, destinées à stimuler la circulation de l’énergie vers le système endocrinien. Des exercices de visualisation et de Yoga Nidra sont aussi proposés afin de réduire le stress, que Dinah Rodrigues considère comme un facteur de déclin hormonal.
À première vue, cette théorie peut sembler plausible. Après tout, le yoga exerce bel et bien des effets profonds sur l’organisme. De plus, les techniques proposées sont bien connues et font partie de la boîte à outils traditionnelle du yoga. Mais ces affirmations très spécifiques sont-elles réellement étayées par les données scientifiques ?
Que dit la recherche ?
La bonne nouvelle est que le yoga, en tant que pratique globale, a bien des effets positifs sur la santé hormonale, mais pas de la manière décrite par les promoteurs du yoga hormonal.
De nombreuses études montrent que le yoga peut favoriser l’équilibre hormonal en réduisant les hormones du stress, comme le cortisol, dont une élévation chronique peut perturber les hormones sexuelles (œstrogènes et progestérone). Le yoga améliore également le sommeil et l’humeur, ce qui soutient indirectement le bon fonctionnement du système endocrinien. Enfin, il peut contribuer à une meilleure santé métabolique, notamment en améliorant la sensibilité à l’insuline et, dans certains cas, la fonction thyroïdienne.
Chez les femmes ménopausées, les études montrent que le yoga peut atténuer des symptômes tels que les bouffées de chaleur, l’insomnie ou les variations de l’humeur3,4. Toutefois, ces effets semblent s’expliquer par une amélioration du bien-être général plutôt que par une modification directe des taux hormonaux.
En revanche, l’idée que certaines postures ou techniques de respiration puissent augmenter ou diminuer directement une hormone spécifique n’est pas étayée par les données scientifiques. Le système endocrinien est extrêmement complexe et fonctionne grâce à des mécanismes de régulation qui ne peuvent pas être « reprogrammés » simplement en comprimant une glande avec une posture de yoga.
Par ailleurs, si Dinah Rodrigues s’appuie sur ses propres observations et sur les témoignages de ses élèves, il n’existe à ce jour aucun essai clinique publié dans une revue scientifique avec comité de lecture démontrant que le Hormone Yoga Therapy est plus efficace que d’autres formes de yoga pour les troubles hormonaux.
Plus généralement, la recherche sur le yoga présente plusieurs limites : biais de sélection, difficulté à distinguer les effets des postures de ceux de la respiration ou de la méditation, ainsi que biais de publication, les résultats positifs étant plus susceptibles d’être publiés que les résultats négatifs5. Il est donc difficile de tirer des conclusions solides sur les effets de techniques spécifiques sur certaines hormones.
Une perspective plus large : le yoga a besoin de davantage de recherche scientifique
L’un des principaux défis de la recherche sur le yoga est le manque d’études de haute qualité portant sur des postures ou des pranayamas spécifiques. La plupart des travaux évaluent des programmes complets combinant postures, respiration, relaxation et méditation, ce qui rend très difficile l’identification des effets propres à chaque pratique6.
Cette difficulté est renforcée par plusieurs biais méthodologiques, notamment le biais de sélection, les différences de mode de vie entre les pratiquants de yoga et les non-pratiquants, ainsi que le biais de publication, qui favorise les résultats positifs.
Il est également important de souligner que les affirmations selon lesquelles certaines postures stimuleraient des glandes endocrines spécifiques ne sont pas propres au yoga hormonal. On les retrouve dans de nombreux ouvrages de yoga moderne et dans de nombreuses formations d’enseignants. Une partie de ces idées trouve son origine, ou a été renforcée, par les premières recherches scientifiques sur le yoga, notamment celles publiées dans Yoga Mīmāṃsā, la revue du Kaivalyadhama Institute en Inde.
Bien que pionniers pour leur époque, ces travaux reposaient souvent sur de petits échantillons et sur des méthodologies qui ne répondraient plus aux standards actuels de la recherche. Malgré cela, leurs conclusions ont largement contribué à diffuser ces affirmations, sans avoir été confirmées par des études de meilleure qualité.
Ces travaux ont joué un rôle important dans la diffusion de ces idées, mais leur poids scientifique reste limité et leurs conclusions n’ont, dans l’ensemble, pas été confirmées par des recherches plus rigoureuses.
Le monde du yoga gagnerait à adopter une approche plus scientifique et plus honnête sur le plan intellectuel, en distinguant clairement ce qui est solidement étayé par les preuves, ce qui est plausible et ce qui reste encore hypothétique.
Conclusion : continuer à pratiquer, sans cesser de questionner
Le yoga hormonal n’est ni dangereux ni dénué d’intérêt. En revanche, les mécanismes qui lui sont attribués sont probablement mal compris et ses effets sont souvent présentés de manière exagérée.
Si cette pratique vous plaît et qu’elle vous aide à vous sentir mieux, il n’y a aucune raison de l’abandonner. Il est simplement plus juste de la considérer comme une forme de yoga utilisant des techniques classiques dont les bénéfices sont bien établis, plutôt que comme une méthode capable de cibler des hormones ou des glandes endocrines spécifiques.
Le yoga a beaucoup à offrir. Mais il gagnera encore en crédibilité si ses bénéfices sont présentés avec rigueur, nuance et honnêteté. Continuons donc à pratiquer… tout en gardant un esprit curieux et critique.
Sources
- Rodrigues, D. (2003). Hormone yoga therapy: A natural remedy for women. Life Rhythm. ↩︎
- Pascoe, M. C., Thompson, D. R., & Ski, C. F. (2017). Yoga, mindfulness-based stress reduction and stress-related physiological measures: A meta-analysis. Psychoneuroendocrinology, 86, 152-168. ↩︎
- Cramer, H., Peng, W., Lauche, R., et al. (2018). Yoga for menopausal symptoms: A systematic review and meta-analysis. Maturitas, 109, 13–25. ↩︎
- Wang, H., Liu, Y., Kwok, J. Y. Y., et al. (2024). The effectiveness of yoga on menopausal symptoms: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. International Journal of Nursing Studies. ↩︎
- Gupta, S., & Dhawan, A. (2022). Methodological issues in conducting yoga- and meditation-based research: A narrative review and research implications. Journal of Ayurveda and Integrative Medicine, 13(3), 100620. ↩︎
- Cramer, H., Langhorst, J., Dobos, G., & Lauche, R. (2015). Associated Factors and Consequences of Risk of Bias in Randomized Controlled Trials of Yoga: A Systematic Review. PLOS ONE, 10(12), e0144125. ↩︎

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Christian Möllenhoff
Professeur de yoga et formateur d’enseignants, Christian est reconnu pour sa pédagogie rigoureuse et inspirante. Il est le professeur principal de l’école Yoga & Méditation Paris, le créateur du site Forceful Tranquility, et l’auteur principal de ce blog.
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