Khecari Mudra – la Renaissance d’une Pratique Ancestrale 

Écrit par Christian Möllenhoff et publié à l’origine en anglais sur le blog de Forceful Tranquility. Publié sur ce blog le 30 août 2020.

Silhouette d'un homme pratiquant la khecari mudra.

Khecari mudra est une pratique yogique louée dans les textes de yoga sanskrits comme étant l’une des plus puissantes de toutes. Pourtant aujourd’hui khecari mudra est souvent transmise de manière simplifiée. Malgré la renaissance du yoga, ceux qui pratiquent khecari sous sa forme complète restent rares. Mais cela commence à changer. 

Dans cet article, je donnerai une description complète à la fois de khecari commune et de sa pratique avancée. Je vous raconterai comment j’ai commencé à pratiquer la version préliminaire de khecari mudra et comment, près de vingt ans plus tard, j’ai souhaité adopter la pratique complète telle que décrite dans les anciens manuels de yoga. Lisez la suite pour savoir comment vous pouvez la réaliser vous-même. Et comment elle peut bénéficier à votre pratique de yoga. 

La mudra la plus puissante

Au début du yoga, les asanas que nous associons aujourd’hui au yoga étaient absentes. Au lieu de cela, les pratiques comprenaient la méditation, la rétention de la respiration (pranayama) et les mudras. Un mudra est un sceau énergétique yogique ou une manipulation physique qui influence les courants énergétiques subtils. Il existe de nombreus mudras. Certaines impliquent tout le corps tandis que d’autres, plus modestes, comprennent seulement le placement des doigts ou la position des yeux.

Il y a une histoire que mon professeur Swami Janakananda a raconté à maintes reprises durant ma formation : il a demandé à son gourou quel mudra est la plus importante. Le professeur de Janakananda était Swami Satyananda Saraswati, fondateur de la Bihar School of Yoga. Il était un expert des pratiques de yoga avancées et l’auteur de nombreux livres sur le sujet. 

Janakananda s’attendait à ce que son maître réponde Maha Mudra. Après tout, le mot sanskrit maha signifie « le plus grand ». C’est l’une de ces grands mudras, elle a un effet énergétique prononcé. Au lieu de cela, à la surprise de Janakananda, Satyananda a déclaré que khecari est la plus importante de toutes les mudras.

Le sceau de la marche dans l’espace

Le mot sanskrit khecari signifie « se déplacer dans l’espace ». Vous en trouverez différentes orthographes car il existe plusieurs façons de représenter les lettres sanskrites avec les caractères latins.

Le chercheur britannique et expert sanskrit, James Mallinson, appelle khecari mudra « le sceau de la marche dans l’espace ». En anglais : the space walking seal. Le nom suggère que les pratiquants de ce mudra éprouvent une sensation enivrante de voler à travers l’espace intérieur.

Celui qui pratique ce mudra est connu sous le nom de khecara.

La mudra khecari dans la tradition de Swami Satyananda 

La manière dont j’ai appris khecari mudra de Swami Janakananda, et lui de Satyananda, consistait à plier la langue vers l’arrière et à poser le bout de la langue contre la partie molle du palais. C’est ainsi que presque tous les instructeurs de yoga actuels enseignent khecari. C’est déjà assez stimulant pour la plupart des débutants. Lorsque je l’ai essayée pour la première fois, je l’ai trouvé gênante. Je n’y suis pas parvenu car ma langue n’allait pas suffisamment loin en arrière. 

Si vous placez votre langue juste derrière les dents de votre mâchoire supérieure, vous pouvez sentir que la membrane muqueuse qui recouvre l’intérieur de votre bouche repose sur l’os du crâne et qu’elle est dure. Faites glisser la langue un peu plus loin en arrière et vous sentez une pente ascendante. Après la pente, le palais se nivelle et devient mou. Le palais mou (appelée aussi voile du palais) s’étend vers l’arrière en direction de la gorge et se termine par la luette. 

Bien que l’instruction la plus courante soit de poser la langue sur le palais mou, certains enseignants vous encourageront à essayer d’atteindre la luette.

Le Raja Yoga et la forme de Hatha Yoga de khecari

La raison pour laquelle la plupart des personnes n’arrivent pas à faire reculer leur langue très loin est due au frein. C’est la membrane située sous la langue et qui la fixe au plancher de la bouche. Dans mon cas, ce frein était un peu serré. Mais malgré cela, j’ai vite commencé à aimer avoir ma langue dans ce mudra. Il est devenue un élément naturel des exercices où ce mudra est recommandé, en particulier lors de Ujjayi pranayama. J’étais à l’aise, et cela a rendu ma respiration Ujjayi plus douce. En quelques années de pratique quotidienne, le frein de ma langue était devenu suffisamment long pour que je puisse atteindre le voile du palais. 

Dans l’édition de 1973 de son livre Asana Pranayama Mudra Bandha, Swami Satyananda appelle cette forme facile de khecari la « forme Raja Yoga ». Il décrit brièvement la forme complète de ce mudra, qu’il appelle la « forme Hatha Yoga ».

Satyananda affirme que la langue pliée stimule les points de pression à l’arrière du palais. Il écrit que le mudra a de nombreux bienfaits pour la santé et que la salive produite pendant khecari peut supprimer la sensation de faim et de soif. Satyananda ajoute que ce mudra peut réveiller la Kundalini Shakti

Quant à moi, même si j’ai trouvé la forme Raja Yoga de ce mudra agréable, je n’ai jamais pu ressentir d’impact significatif sur mon état mental ou mon énergie. Mais je connaissais bien d’autres méthodes ayant un effet significatif. Que khecari soit le mudra la plus puissant n’était pas cohérent avec ma propre expérience. Aussi, ai-je accepté le fait de n’être, probablement, pas assez subtil pour en percevoir les bienfaits. 

L’initiation spontanée de Bjarke à khecari

Bjarke était l’un des premiers élèves enseignants de Swami Janakananda. Lorsque j’ai suivi ma formation au début des années 2000, il était déjà un enseignant accompli et responsable d’un centre de retraites à Bergen, en Norvège. Au début des années 70, alors qu’il était encore au lycée, Bjarke a eu une initiation spontanée à khecari mudra.

Il avait appris la Méditation Transcendantale (TM), et après une année de pratique régulière, il a vécu une expérience marquante. Au cours d’une séance, la méditation l’a complètement dépassé. Il n’a en aucune façon participé à ce qui s’est déroulé ; il n’était qu’un témoin. C’était comme si son corps s’était raidi au point qu’il ne pouvait plus bouger, sa respiration s’arrêtait complètement, sa langue se déplaçait d’elle-même vers l’arrière et se posait sur le palais mou. Dans le même temps, un espace intérieur s’étendait autour et au-delà de lui.

Bjarke a contacté son professeur de MT afin d’avoir une explication sur cette expérience à la fois profonde et effrayante. Ce dernier lui a dit que ce n’était qu’une expérience et qu’il devait la laisser venir et repartir. C’est une attitude méditative essentielle et une bonne réponse. Pourtant, lorsque Bjarke s’est formé auprès de Swami Janakananda, il a découvert que non seulement khecari mais aussi les autres expériences de son initiation spontanée étaient prises en compte dans la tradition yogique. 

D’après Bjarke de nombreuses pratiques yogiques, dont khecari, visent à recréer des réponses et des processus naturels déclenchés par une méditation profonde. En tant que telles, elles peuvent elles-mêmes, dans une certaine mesure, déclencher les états qui les provoquent. Une sorte de rétro-ingénierie yogique. 

Shambhavi spontané

L’expérience spontanée de khecari mudra n’est pas si rare. Bjarke est l’un des deux pratiquants que je connais en personne ayant eu cette expérience. Grâce à internet qui offre une formidable opportunité de mettre en relation des personnes ayant des intérêts particuliers, j’en ai découverts d’autres. 

Un processus similaire que d’autres professeurs de yoga et moi-même avons observé est le Shambhavi mudra spontané. Vous faites le mudra Shambhavi en fixant votre regard dans le point entre les sourcils. Cela se produit naturellement pour de nombreuses personnes lorsqu’elles sont en profonde relaxation, sans même qu’elles en soient conscientes. Je l’observe surtout chez mes étudiants de yoga pendant le pranayama Nadi Shodana. Les yeux à moitié ouverts, leur regard se déplace vers le haut et vers l’intérieur.

Khecari mudra tel qu’il est décrit dans les textes de yoga sanskrits

Khecari mudra est l’une des plus anciennes pratiques de yoga à avoir été décrite. Dans sa version facile, il est déjà mentionné dans les textes bouddhistes Pali, bien que de façon défavorable. Rappelons que Bouddha n’aimait pas le yoga.

Dans les premiers textes de Hatha Yoga, Khecari est essentiel. Il existe même un texte entier qui lui est consacré, Khecari Vidya. Khecari Vidya est un texte influent. Nombre de ses versets sont repris dans des écrits ultérieurs, comme par exemple dans le Hatha Yoga Pradipika. 

En 2007, lorsque James Malinsson a écrit son édition critique de Khecari Vidya, il effectuait en même temps en Inde, une étude ethnologique de terrain. Il a retrouvé des khecaras et les a interrogés sur leur pratique. Bien qu’il soit bien introduit dans le milieu sâdhu, il n’a pu trouver que six personnes pratiquant khecari dans sa forme complète.

Dans les anciens textes sanskrits, la description de khecari va au-delà de la simple version contemporaine. Au lieu de laisser le bout de la langue reposer sur le palais mou, nous sommes invités à tirer la langue plus en arrière. Il devient alors possible de passer derrière la luette et d’insérer la langue dans le nasopharynx. Ceci est à première vue, pour la plupart des personnes, un exploit inimaginable. 

Swatmarama est l’auteur du texte sanskrit du 14e siècle Hatha Yoga Pradipika. Pour réaliser la version complète de Khecari, il recommande de couper progressivement le frein lingual à l’aide d’une lame tranchante. Il écrit que le yogi devrait le couper, de l’épaisseur d’un cheveu, tous les sept jours. Il recommande ensuite de frotter sur la blessure, un mélange de sel et de curcuma, pour l’empêcher de se refermer ou de s’infecter. D’après Swatmarama, il faut six mois pour sectionner entièrement le frein de la langue. 

Pendant de nombreuses années, j’ai pensé que cela paraissait exagéré.

Ce que vous ignorez, vous le craignez

A propos de la section du frein, j’ai souvent entendu dire de khecari complet qu’il est appréhendé comme une pratique marginale douteuse. Pour pimenter l’histoire, on raconte que certains yogis se coupent la langue en deux afin de pouvoir fermer les deux narines de l’intérieur. À ce stade de l’histoire, un avertissement prévient que celui qui aurait l’audace de fermer les narines de l’intérieur pourrait paniquer. Une telle crise de panique pourrait entraîner la mort par suffocation si la langue n’était pas replacée dans sa position normale en temps voulu. 

La vérité est qu’il est facile de ramener la langue dans une position normale. Le risque de rester coincé est pure fiction. Quant à sectionner sa langue en deux, je n’ai pas encore rencontré de yogi à la langue fendue. Je ne me souviens pas non plus avoir trouvé de références relatives à une telle pratique dans un quelconque texte source. Couper le frein lingual est une intervention assez basique. Fendre la langue me semble beaucoup plus compliqué et dangereux. Avec les pratiques modernes d’hygiène et de médecine, c’est pourtant possible. Depuis le début des années 2000, la fente de la langue est devenue populaire dans le domaine de la modification corporelle. 

Mon premier contact avec khecari avancé 

J’avais pratiqué la version de base de khecari pendant plus de dix ans lorsque j’ai été mis en relation pour la première fois avec une personne pratiquant khecari avancé. Lors d’une conversation en ligne avec le professeur de yoga et écrivain russe, Ilya Zhuravlev, celui-ci a décrit comment il avait parcouru l’Inde durant des années à la recherche d’un professeur susceptible de l’initier au Hatha Yoga de la vieille école, y compris au khecari complet. Il a finalement rencontré un enseignant ayant lui-même reçu l’enseignement d’un petit-fils du célèbre maître du XIXe siècle, Lahiri Mahashaya. Le professeur a demandé le khecari complet avant d’autres initiations plus profondes.

Ilya a écrit que Lahiri considérait la coupe du frein lingual prescrite dans le Hatha Yoga Pradipika comme une « détérioration de la connaissance yogique ». Au lieu de cela, il avait prescrit des étirements. Ilya affirmait qu’on pouvait atteindre khecari dans un délai allant de quelques mois à quelques années. Le moyen qu’il proposait était une simple routine quotidienne d’étirement de la langue. 

Ayant été rebuté par l’approche chirurgicale, l’étirement a trouvé écho en moi. Aller plus loin avec khecari m’est soudain apparu comme une possibilité attirante. 

J’ai fait d’autres recherches et suis tombé sur un commentaire écrit marquant concernant khecari. Une femme expliquait qu’elle avait appris le khecari complet d’un yogi indien dans sa jeunesse. De tout ce qu’elle avait appris de ce yogi, c’était la pratique qu’elle avait gardée et pratiquée tout au long de sa vie. Elle la chérissait et était reconnaissante d’avoir pris le temps de la maitriser. 

L’anatomie de khecari mudra

Yogani, un partisan actuel du khecari intégral, a défini quatre étapes de ce mudra. Selon sa terminologie, la première étape est celle où la langue touche le palais mou. C’est le khecari que presque tous les yogis actuels pratiquent et que Swami Satyananda a appelé la forme Raja Yoga. Il se trouve qu’il existe un nom sanskrit pour cette étape également. Le texte de yoga du 17e siècle, Gheranda Samhita, l’appelle Nabho Mudra. Ce texte fait donc une distinction entre la première étape et les étapes ultérieures appelées khecari

La deuxième étape est celle où la langue peut pénétrer dans le nasopharynx et se poser au-dessus du palais. Le nasopharynx est le prolongement creux de la bouche situé au-dessus du palais. C’est à cet endroit que la bouche rejoint le nez.

L'anatomie de la khecari mudra.

Au début de la deuxième étape, la langue peut se glisser dans la bouche. À ce stade, ce mudra peut vous sembler gênant et malaisé. Mais une fois que vous maîtrisez la deuxième étape et que votre langue peut reposer au-dessus du palais dur, le mudra est confortable à exécuter. Votre langue reste en place presque toute seule.

Au début de la deuxième étape, de nombreux pratiquants doivent mettre la langue en place en utilisant leurs doigts. Mais avec un travail prolongé pour desserrer le frein, il devient possible de le faire sans l’aide des doigts.

Troisième et quatrième étapes

Au fur et à mesure que la deuxième étape évolue et que la retenue du frein lingual est réduite par la coupe ou l’étirement, la langue se tend de plus en plus vers l’avant. Bientôt, vous pouvez sentir avec le bout de votre langue, la paroi qui sépare les deux narines. Il s’agit de la cloison nasale. La cloison nasale est l’os et le cartilage du nez qui séparent la cavité nasale en deux narines.

En raison de l’emplacement de la cloison nasale, la langue ne peut pas, à ce stade, avancer davantage. Au lieu de cela, elle commence à monter très lentement le long de la cloison nasale. Lorsque la langue atteint cette distance, vous pouvez sentir les ouvertures intérieures des narines de chaque côté. 

Image du cloison nasale, qui peut être ressenti depuis l'intérieur à partir de stade deux de Khecari mudra.
La cloison nasale

Lorsque votre langue atteint une distance telle qu’elle peut toucher le plafond du nasopharynx au-dessus de la cloison nasale, vous avez atteint le troisième stade. Ici, votre langue touche la selle turcique, un os dont la plupart des parties internes retiennent le sinus sphénoïde et l’hypophyse. En plaçant la langue à cet endroit, vous fermez un circuit pranique primaire.

La quatrième étape consiste à tordre votre langue et à l’insérer dans vos narines, une à la fois. 

Forrest Knutson est professeur de Kriya Yoga dans la tradition du Panchanan Bhattacharya. Il partage ses connaissances sur sa chaîne YouTube. Selon lui, la quatrième étape n’est pas meilleure que la troisième. Elle est différente et stimule des courants d’énergie différents. Il dit que le maître Lahiri Mahasaya a pratiqué à la fois les étapes trois et quatre.

Pour l’anecdote, les khecaras qui maîtrisent le stade quatre peuvent fermer complètement leurs narines avec leur langue, mais seulement une à la fois. Ils peuvent donc faire la respiration alternée sans utiliser leurs doigts. 

L’astrophysicien devenu explorateur de l’espace intérieur 

Yogi Maheshwar est l’auteur du livre électronique Khecari Mudra -Lorsque la Divine Déesse s’envole dans l’espace intérieur. Il est sensibilisé à la pratique du yoga. J’ai été intrigué lors de la lecture du récit fantastique de ses expériences. Je lui suis reconnaissant d’avoir provoqué en moi l’étincelle m’ayant fait débuter la pratique de khecari

Yogi Maheshwar ou Mahe, comme il se nomme lui-même, décrit comment il a commencé le yoga et comment, après quelques années de pratique, sa langue s’enroulait spontanément vers l’arrière, comme cela était arrivé à Bjarke. Mais dans son cas, la réaction a été continue et se produisait en dehors de la pratique du yoga. Elle était si intense que l’étirement du frein lingual est devenu douloureux. 

La couverture du livre de Yogi Maheshwar

Mahe a fini par se convaincre que cette réaction était le signe que sa langue voulait pénétrer dans les profondeurs de khecari. C’est ainsi qu’il s’est décidé à enlever son frein. Avant de le faire lui-même avec une lame stérilisée, il s’est rendu à l’hôpital pour voir quelle aide pourrait lui être apportée. Sa détermination a permis de convaincre le stomatologue, qui a programmé une opération. 

L’opération a permis d’enlever le frein lingual et la route a ainsi été dégagée pour la langue. Mahe a obtenu des résultats très tangibles dans sa nouvelle pratique à laquelle il s’est adonné sérieusement. Lorsqu’il s’est aventuré pour la première fois au-delà du premier stade avec sa langue, il est resté dans khecari pendant dix heures. 

Insomnie psychédélique

Le soir suivant cette première exploration ambitieuse, il n’est pas parvenu à dormir en raison d’expériences de type psychédélique. Pourtant, après cette nuit d’insomnie psychédélique, il se sentait bien. Il n’a, de plus, pas ressenti l’envie de manger pendant une dizaine de jours. Son corps se contentait de son état énergétique naturel, et bien qu’il ait essayé à plusieurs reprises de se sustenter, son corps refusait toute nourriture. En même temps, il continuait à dormir peu, mais il était toujours plein d’énergie.

Je recommande à toute personne intéressée par ce mudra de lire le e-book inspirant et bien écrit de Yogi Maheshwar. Il a écrit ce livre comme un article scientifique avec des références précises à ses nombreuses sources.

Vous pouvez télécharger gratuitement le livre électronique de Yogi Maheshwar sur son site web >>>

J’ai rencontré Yogi Maheshwar à Paris quelques mois après avoir lu son livre. Avec une longue barbe et des dreadlocks, on le croirait tout droit téléporter d’un ashram indien. Ce qui rend Mahe encore plus intriguant, c’est qu’il est astrophysicien. Au moment de notre rencontre, il travaillait comme chercheur au CNRS. 

Le nectar de l’immortalité

Dans la mythologie du Hatha Yoga, il est fait mention d’un fluide cosmique, l’amrit. C’est le nectar de l’immortalité qui coule de la tête vers le bas à travers le corps pour être consommé dans manipura chakra. Il est dit que pendant la méditation profonde, les yogis ressentent l’amrit comme un goût sucré dans la bouche. Khecari mudra stimule son écoulement.

Il semble y avoir quelque chose dans cet élixir, de nombreux pratiquants prétendent l’avoir ressenti. Ma femme, Jun, est revenue récemment d’une retraite de yoga de trois mois en Suède. Les participants à la retraite ont pratiqué le Kriya Yoga de Swami Satyananda au cours de séances qui ont duré des heures. Après ces séances, Jun dit qu’elle a souvent senti un goût sucré dans la bouche. Un goût qu’elle ne ressent jamais autrement. 

En même temps, n’oublions pas qu’il y a beaucoup de liquides produits dans le nasopharynx et le nez qui n’ont rien à voir avec la pratique du yoga. 

…et le poison cosmique

Selon la mythologie, il y aurait également une sorte de poison cosmique produit si le yogi est impur. Yogi Maheshwar écrit dans son livre qu’il a senti un goût métallique dans sa bouche pendant la nuit qui a suivi sa première expérience avec khecari. Ce goût lui a rappelé un goût ressenti lors d’un voyage sous LSD dans sa jeunesse. Il pense que ce goût pourrait lui avoir causé des problèmes digestifs après la fin de son jeûne spontané. 

Une étudiante à qui j’ai enseigné la khecari simple m’a dit que le mudra lui faisait sentir un goût horrible. Le goût apparaissait peu après avoir placé la langue contre le palais et disparaissait lorsqu’elle retirait la langue. En consultant une édition récente de Asana Pranayama Mudra Bandha de Swami Satyananda elle a trouvé une recommandation indiquant d’arrêter la pratique si un tel goût est ressenti. 

Une meilleure approche conseillée dans certaines écritures est de cracher la salive au goût désagréable au lieu de l’avaler. Finalement, le goût changera et deviendra d’abord neutre puis agréable. 

Contre-indications et précautions relatives à khecari mudra

La deuxième édition (1973) de Asana Pranayama Mudra Bandha est la plus ancienne en ma possession. Satyananda y écrit que la forme de Hatha Yoga de khecari ne doit être apprise que sous la direction d’un expert. 

Les éditeurs ont modifié ce passage dans la révision de 1996. C’est le cas de nombreuses autres occurrences de ce livre. Désormais, la version Hatha Yoga n’est pas du tout recommandée « car ses effets la rendent impropre à l’interaction avec le monde extérieur ». 

Selon Forrest Knutsson, les seules contre-indications qu’il trouve à la pratique du khecari complet sont les maux de tête et les « symptômes sévères de la kundalini ». 

Comment réaliser khecari

Mahe est l’une des deux seules personnes dont j’ai entendu parler, qui a retiré le frein en une seule fois et qui l’a fait faire par un prestataire de soins. Yogani, le professeur qui a défini les étapes de khecari, recommande d’utiliser des pinces aiguisées et stérilisées pour une meilleure précision. Mais sinon, sa méthode ressemble à celle que Swatmarama décrit dans le Hatha Yoga Pradipika.

Certaines personnes suggèrent d’employer une pratique appelée Talabya Kriya. L’idée est d’étendre la langue hors de la bouche et d’utiliser les dents de la mâchoire inférieure pour réduire le frein en le broyant.. Bien que certains prétendent avoir réussi à utiliser cette méthode, elle me semble inefficace. 

Le Dohan kriya ou traite de la langue, est une autre pratique que les yogis utilisent pour allonger leur langue. Le principe consiste à tirer doucement et de manière répétée le sang de la langue vers son extrémité en utilisant les doigts dans un mouvement de traite. Dans Khecari Vidya, il est également décrit comment on peut attacher un tissu autour de la langue et le tirer dans le but de l’allonger. 

Il n’est pas nécessaire d’en faire trop

Je pense qu’il n’est pas nécessaire de faire de la longueur de la langue une obsession pour apprécier khecari.

Forrest Knutsson dit qu’il éprouve de la compassion pour les adeptes qui déforment leur langue dans la poursuite d’une pratique extrême de khecari. Dans la lignée qu’il poursuit, l’objectif est que la langue atteigne le sinus sphénoïde, correspondant au stade trois de la terminologie de Yogani. La méthode recommandée par Forrest pour y parvenir est l’étirement. Il suggère d’étirer la langue jusqu’à ce que le frein soit légèrement douloureux, puis d’attendre qu’il ait guéri avant de recommencer. Si vous en faites trop, dit-il, il vous faudra des jours pour récupérer et cela prendra plus de temps. Et il vous faudra certainement du temps, car cet étirement est un long parcours. Pour la plupart d’entre nous, l’atteinte de ce 3ème stade nécessitera des années. 

Comment j’ai moi-même travaillé khecari

Lorsque j’ai décidé d’explorer les étapes avancées de khecari, j’ai opté pour les étirements. J’ai simplement poussé ma langue vers l’arrière avec mes doigts pendant cinq minutes deux fois par jour. Dans mon cas, je dirais que le frein de ma langue s’est lentement déchiré au lieu de s’assouplir. 

J’ai atteint la deuxième étape après environ dix mois d’étirements quotidiens. Il m’a fallu encore de nombreux mois pour pouvoir garder ma langue dans le nasopharynx lors de la méditation. Au début, il y avait beaucoup de salive et une sensation générale d’inconfort. Lorsque la position de ma langue a commencé à devenir confortable, il m’a fallu encore plus de temps pour m’habituer à faire Ujjayi pranayama dans cette nouvelle position. J’ai trouvé plus difficile de produire le son Ujjayi chuchotant et de garder un rythme lent. 

Mais khecari s’est lentement installé. Avec un peu de patience le mudra est devenue un plaisir, et le souffle d’Ujjayi s’est mis en place. 

Avantages de khecari avancé dans le Kriya Yoga

Khecari mudra complète est une caractéristique déterminante de la pratique du Kriya Yoga de Lahiri Mahasaya. Selon Forrest Knutsson, khecari travaille en parallèle au programme du Kriya Yoga. 

Selon sa tradition, l’un de ses avantages est d’attirer l’attention, l’énergie et le sens du moi vers le cerveau. De plus, dit-il, il engendre une profonde béatitude guérissante et, ce faisant, aide l’effet purificateur des chakras du Kriya yoga.

L’idée que ce mudra apporte la béatitude est une notion récurrente rencontrée dans mes recherches. Cette béatitude est aussi un aspect que j’ai commencé à expérimenter de plus en plus sur moi. C’est une sorte de béatitude énergétique qui balaie tout le corps par vagues. Elle ressemble aux sensations énergétiques que j’éprouve parfois lorsque je guide un groupe de participants concentrés dans une méditation profonde.

Satyananda n’a enseigné que le khecari préliminaire pour son système de Kriya Yoga. Comme il fait l’éloge de ce mudra comme étant le plus important, je trouve étrange qu’il ne soit jamais allé jusqu’au bout de son enseignement. D’après les informations que j’ai recueillies en étudiant cette pratique et d’après mes propres résultats, le passage de la première à la troisième étape de khecari est une amélioration certaine des pratiques de la kundalini. 

Un pas de géant pour l’humanité

Yogani enseigne le yoga avancé en ligne par le biais de leçons de texte et d’un forum sur son site web « Advanced Yoga Practices ». Avec enthousiasme, il décrit khecari comme étant « un pas de géant pour l’humanité ». 

« Un ou deux centimètres au-dessus du palais de notre bouche se trouve l’un des organes les plus sensibles à l’extase de tout notre corps. Il peut être atteint relativement facilement avec notre langue. Il est située sur le bord arrière de notre cloison nasale, et lorsque le système nerveux est suffisamment purifié par des pratiques de yoga avancées, notre langue va rouler en arrière et monter dans la cavité de notre pharynx nasal pour trouver le bord sensible de notre cloison. Lorsque cela se produit, c’est comme si un interrupteur principal était fermé dans notre système nerveux, et toutes nos pratiques et expériences de yoga avancé commencent à fonctionner à un niveau beaucoup plus élevé. Lorsque khecari entre naturellement, nous passons dans la voie rapide du yoga. C’est la ligue majeure du yoga, si vous voulez ».

Yogani

Khecari spontané versus khecari volontaire

Ce passage inspirant provient de la leçon en ligne n° 108 que Yogani a consacrée à khecari mudra. Yogani semble dire que c’est lorsqu’il y a un besoin spontané pour la langue d’atteindre par elle-même les stades avancés que khecari brille. L’importance de cette spontanéité est souvent évoquée dans les commentaires de son forum. Une pratique efficace de khecari a-t-elle lieu surtout si elle se produit d’elle-même? Comme ce fut le cas pour Bjarke et Yogi Maheshwar ? 

J’ai entendu parler d’un yogi qui s’est fait enlever le frein de la langue, tout comme Yogi Maheshwar. Mais pendant longtemps, khecari ne lui a donné aucun résultat significatif, bien qu’il l’ait fait à la perfection. J’ai demandé à Forrest ce qu’il pensait de ce cas.

Forrest pense que khecari devrait s’intégrer dans la pratique comme partie d’un tout, comme mentionné dans la leçon de Yogani. Il dit cependant qu’il est illusoire de s’attendre à ce que chaque individu fasse l’expérience de l’élévation automatique de la langue. Selon lui, il y a un élément central dans le yoga qui ne devrait jamais être ignoré : les bonnes pratiques apporteront de bons résultats. Une bonne stratégie ne consiste ni à forcer le pas, ni à attendre que tout se mette en place tout seul. 

Mon expérience de khecari jusqu’à présent

Pour ma part, je ne m’attendais pas à des miracles. C’était une autre raison pour laquelle l’incision ne me convenait pas. Je m’attendais à ce que cette pratique se développe lentement. Au début de la deuxième étape, je ne ressentais aucun avantage par rapport à la première. Il m’a fallu beaucoup de temps pour m’habituer à avoir ma langue dans le nasopharynx. 

J’ai commencé peu à peu à accorder davantage d’importance à ce mudra. Après trois ans de pratique, alors que j’approche de la troisième étape, je le considère comme l’une des méthodes les plus puissantes que je connaisse. Elle a un impact immédiat sur mon état énergétique et mental et ajoute de la profondeur à d’autres pratiques. 

L’affirmation selon laquelle khecari est le plus important des mudras ne me semble plus étrangère. 

Devriez-vous faire khecari et comment devriez-vous vous y prendre ?

Si vous êtes un pratiquant de Nabho Mudra, khecari préliminaire ou bébé khecari comme certains l’appellent, vous pouvez vous demander si cela vaut la peine de faire la forme complète de khecari. Je pense que ca en vaut la peine. Après vingt ans de pratique du yoga, je suis heureux d’avoir découvert un autre outil d’une grande portée. Je pense que vous le seriez aussi.

Comme pour d’autres pratiques avancées de yoga, un bon jugement, une approche progressive et une pratique dans les limites de vos possibilités réduisent le risque de tout effet négatif éventuel. 

Quant à la manière d’y parvenir, je vous recommande les étirements. 

Remerciements :
Mona Bessaa, pour la traduction.

A propos de l’auteur
Christian Möllenhoff est suédois, il habite en France depuis 2010. Professeur de yoga et de méditation, formateur d’enseignants, il est connu pour ses longues séances et sa pédagogie des plus rigoureuses. Sa connaissance approfondie confère à son enseignement puissance et authenticité. Christian est le professeur principal de l’école Yoga & méditation Paris et le créateur du site Forceful Tranquility où il dispense ses cours en ligne.