Pawanamuktasana

Par Christian Möllenhoff – publié le 27 février 2013

Un exercises venant du programme Pawanamuktasana

Pawanamuktasana
Pawanamuktasana est la première série de mouvements et de postures que vous découvrez dans nos cours. C’est un programme facile mais efficace, bénéfique à tous, quel que soit votre âge, votre condition physique ou votre niveau d’expérience. Il est unique à la tradition de Swami Satyananda.

La série Pawanamuktasana favorise la détente du corps et de l’esprit et stimule les processus naturels de guérison. A la différence de la plupart des autres pratiques modernes d’asana, elle ne vise pas à développer la force ou la souplesse musculaire.

Structure du programme
Le programme débute par de petits mouvements dynamiques. Vous fléchissez et étendez vos mains, vos bras, vos pieds et vos jambes. Vous faites tourner vos poignets, vos chevilles, ainsi que d’autres articulations. L’ensemble du corps est systématiquement mis à contribution. Des parties de votre corps qui, la plupart du temps, sont sous-utilisées, sont ici sollicitées.

Certains mouvements  activent la circulation sanguine ; d’autres massent  les organes internes ou la colonne vertébrale. Certains exercices préparent à s’asseoir en posture de méditation, d’autres sont axés sur les hanches et le dos. Les mouvements sont effectués en douceur et en conscience, de manière à favoriser la concentration et diriger l’attention vers le corps. C’est une séquence soigneusement étudiée, avec un début, un milieu et une fin.

Vous remarquerez qu’elle intègre des pauses régulières, où il vous est demandé de rester assis ou allongés sur le dos, immobiles, les yeux clos. Ces pauses constituent un élément essentiel du programme ; elles harmonisent les effets des exercices. Elles vous permettent aussi de ressentir et d’apprécier les changements subtils de votre état.

Les exercices plus profonds, en fin de programme, sont aussi d’une grande utilité. La posture du lion, simhasana, a un effet calmant ; elle demande de se concentrer sur le centre inter-sourcilier et d’émettre un son profond et relaxant. Dans les cours indiens de chant, ce type d’exercice est utilisé pour relaxer la voix et la rendre plus dynamique.

La posture du bateau, naukasana, est également très bénéfique. On y contracte vigoureusement l’ensemble du corps avant de relâcher la tension d’un coup, en expérimentant un effet de détente immédiat. Plus vous contractez, plus la détente est forte.

Le programme se termine par quelques minutes de repos dans la posture du lièvre,  shashankasana.

Le nom et ce qu’il nous dit
Pawana signifie air. Mukta veut dire libération, et asana est ici utilisé dans son sens moderne, pour qualifier une posture ou un exercice. On pourrait donc traduire le nom de ce programme par « les petits exercices qui libèrent l’air ».

Le yoga admet l’existence d’une énergie subtile qui soutient la vie matérielle. On l’appelle le prana.  Celui-ci circule dans des canaux subtils nommés nadis.  Le flux de prana est souvent décrit comme un flux d’air – vayu en sanskrit. Ici, pawanafait référence au prana ; le but de la série Pawanamuktasana est donc d’assurer une circulation fluide du prana à travers le corps.

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Le prana et la médecine chinoise
Dans les années 70, le médecin japonais Dr Hisoshi Motoyama a étudié Pawanamuktasana en coopération avec Swami Satyananda. Il en a tiré d’intéressantes conclusions, basées sur ses connaissances de la médecine chinoise traditionnelle.

Selon lui et bien d’autres, les méridiens de la médecine chinoise correspondent aux nadis du système yogi, et le prana équivaut au qi. Les terminaisons de chacun des principaux méridiens sont localisées aux extrémités des doigts et des orteils – on les appelle les points sei. Par exemple, le point sei du méridien du poumon se trouve au bout du pouce, et celui du méridien du cœur sur la face intérieure de l’auriculaire.

Le qi, ou prana, entre et sort des méridiens par ces différents points. Leur rôle est donc très important ; l’état dans lequel s’y trouve l’énergie reflète celui de tout le flux énergétique dans le méridien concerné. De petits exercices tels que plier les orteils ou serrer le poing stimulent les points sei, d’une manière assez similaire aux aiguilles dans l’acupuncture.

La médecine chinoise fait aussi référence aux points gen, ou points sources. Ces points sont localisés dans le poignet, la cheville, ou entre ces articulations et les points sei. Une maladie dans les organes internes est souvent détectée au niveau des points gen correspondants. Dès lors, faire des exercices de rotation des poignets et des chevilles permet de normaliser le fonctionnement des organes internes, et de favoriser la santé dans l’ensemble du corps.

Les articulations du genou, de la hanche, du coude et des épaules sont aussi connectées aux points gen. Elles aussi peuvent donc jouer un rôle dans le bon fonctionnement des organes internes.

L’explication originelle des points sei et gen se trouve dans le Classique de la médecine interne de l’empereur jaune, un texte fondamental considéré comme la base théorique de la médecine chinoise depuis plus de deux mille ans.

« La série d’exercices de Pawanmuktasana est très très facile. Beaucoup d’entre vous n’y voient rien d’impressionnant.  J’ai organisé ces exercices sur la base du flux pranique. Ce ne sont pas des exercices pour les articulations, mais pour les méridiens de l’énergie. Il y a des milliers de  chakras dans toutes les parties du corps, à partir desquels l’énergie circule vers d’autres points. Ce sont les méridiens. »

Swami Satyananda Saraswati

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La perspective occidentale
Pawanamuktasana présente aussi un intérêt du point de vue de la médecine occidentale. Le programme permet de prévenir l’arthrose, en stimulant la circulation sanguine et synoviale  dans les articulations. Les ligaments s’assouplissent. Avec le temps et la pratique, l’amplitude des mouvements s’améliore.

Ces exercices agissent aussi sur la circulation sanguine dans les veines et le système lymphatique, dont le rôle est crucial dans l’élimination des déchets.

Une pratique quotidienne
Effectuer quotidiennement ce programme permet d’améliorer sa condition physique générale.  Qu’il soit facile et accessible à pratiquement tout le monde n’en diminue pas la valeur. Même les pratiquants les plus aguerris ne devraient pas se désintéresser de Pawanamuktasana. Ses effets préparatoires, préventifs et curatifs sont uniques ; ils devraient être recherchés par tout adepte du yoga.

Même dans les retraites de yoga et de méditation les plus avancées de la tradition Satyananda, ce programme tient une place importante. Je connais plusieurs professeurs de yoga, dont moi, qui malgré de nombreuses années de pratique, y reviennent régulièrement pour rester en pleine forme. Quand le prana circule librement dans le corps, il circule aussi librement dans l’esprit. Résultat : des pensées claires et des méditations plus profondes.

 

A propos de l’auteur
Christian Möllenhoff est suédois, il habite en France depuis 2010. Professeur de yoga et de méditation, formateur d’enseignants, il est connu pour ses longues séances et sa pédagogie des plus rigoureuses. Sa connaissance approfondie confère à son enseignement puissance et authenticité. Christian est le professeur principal de l’école Yoga & méditation Paris et le créateur du site Forceful Tranquility où il dispense ses cours en ligne.