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Les 10 erreurs que je vois le plus souvent après 30 ans de yoga

Homme assis en méditation au sommet d'une montagne au-dessus des nuages


Après trente ans de pratique et d’enseignement du yoga, j’ai vu les mêmes erreurs se répéter encore et encore. Certaines ralentissent les progrès. D’autres conduisent à la frustration, aux blessures ou à des impasses plus subtiles. Voici les dix pièges que je rencontre le plus souvent chez les pratiquants, du débutant à l’enseignant expérimenté.

1. Être obsédé par la souplesse

Développer la souplesse est certainement l’un des avantages du yoga.

Une bonne souplesse présente de nombreux bénéfices. Elle permet de conserver une plus grande amplitude de mouvement, facilite les gestes du quotidien et peut contribuer à préserver la mobilité avec l’âge. Dans le yoga, elle permet également d’accéder plus facilement à certaines postures et de pratiquer avec davantage de confort.

Cependant, davantage de souplesse n’est pas toujours préférable. Certains pratiquants cherchent à gagner toujours plus d’amplitude alors qu’ils disposent déjà d’une mobilité suffisante. Cette quête peut favoriser l’instabilité articulaire, certaines blessures et parfois des douleurs chroniques.

Cette réalité est bien connue en médecine du sport. Les recherches sur les danseurs, gymnastes et athlètes hypermobiles montrent que les amplitudes extrêmes doivent être accompagnées d’un développement suffisant de la force, de la stabilité et du contrôle moteur afin de limiter le risque de blessures. Comme beaucoup d’autres qualités physiques, la souplesse possède une zone optimale : on peut être trop raide, mais aussi trop souple.

2. Considérer le yoga comme un simple exercice physique

Considérer le yoga comme un simple exercice physique est une double erreur.

La première est de croire que le yoga peut couvrir à lui seul tous vos besoins physiques. Malgré ses nombreuses qualités, le yoga n’est ni particulièrement efficace pour développer la masse musculaire, ni pour entretenir les capacités cardiovasculaires. J’ai rencontré de nombreux pratiquants qui pensaient être en excellente forme parce qu’ils pratiquaient le yoga plusieurs fois par semaine, alors qu’ils manquaient en réalité de force, d’endurance ou de condition physique générale.

Mais ce n’est que la moitié du problème.

L’autre erreur consiste à réduire le yoga à une simple activité physique. Lorsqu’on l’aborde uniquement sous cet angle, on se dirige naturellement vers les formes les plus sportives, les plus rapides et les plus exigeantes du yoga moderne. Or, ce sont souvent les pratiques plus lentes, plus intériorisées et plus méditatives qui permettent d’accéder aux bénéfices les plus profonds du yoga.

En considérant le yoga comme une forme de gymnastique, vous risquez donc de passer à côté de deux choses à la fois : des bénéfices physiques qu’un entraînement mieux adapté aurait pu vous apporter, et une grande partie des bénéfices mentaux, émotionnels et contemplatifs que le yoga traditionnel peut offrir.

3. Ne pas pratiquer régulièrement

La régularité est essentielle pour développer n’importe quelle compétence, et le yoga ne fait pas exception.

Apprendre le yoga ne consiste pas seulement à maîtriser des techniques ou à mémoriser des postures. La pratique transforme progressivement le corps, le système nerveux et les habitudes mentales. Grâce à la neuroplasticité, le cerveau s’adapte peu à peu à ce que nous faisons de manière répétée. Sans pratique régulière, ces adaptations ont beaucoup plus de mal à s’installer durablement.

C’est pourquoi il est possible de pratiquer le yoga pendant des années tout en restant, dans une certaine mesure, un débutant. On connaît les techniques, mais elles ne sont jamais vraiment devenues une seconde nature.

Les élèves qui ont tiré le plus de bénéfices du yoga au cours de ma carrière ne sont pas forcément ceux qui ont pratiqué le plus intensément. Ce sont ceux qui ont pratiqué avec constance. Ils ont continué à se présenter semaine après semaine, mois après mois, année après année. Une pratique modeste mais régulière produit généralement davantage de résultats qu’une pratique intense suivie de longues périodes d’interruption.

Aller plus loin dans la pratique

Si ces réflexions vous parlent, nous partageons chaque semaine des articles approfondis sur le yoga et la méditation.

4. Croire que toutes les pratiques sont bonnes pour tout le monde, tout le temps

Comme toute activité physique, le yoga comporte des risques. La plupart des blessures sont mineures, mais elles existent. Et parfois, ce sont précisément les croyances des pratiquants qui augmentent ces risques.

L’une des erreurs en yoga les plus fréquentes consiste à croire qu’une posture ou une technique de yoga est forcément bénéfique pour tout le monde, quelles que soient les circonstances. Pourtant, l’effet d’une pratique dépend toujours du contexte, de l’état de santé, du niveau d’expérience et du moment de la vie.

Je pense par exemple à une enseignante de yoga qui souffrait d’une hernie discale. Convaincue que les flexions arrière allaient l’aider à guérir, elle a continué à les pratiquer malgré l’inconfort et a finalement aggravé son problème.

J’ai moi-même commis une erreur similaire. Lors d’une pratique de yoga mudra asana, j’ai subi une déchirure des ischio-jambiers. L’enseignant demandait au groupe de rester dans la posture coûte que coûte, et j’étais persuadé que la bonne attitude consistait à supporter la douleur par la seule force de volonté.

Dans notre tradition, nous accordons une grande importance à l’immobilité. Il est souvent nécessaire d’apprendre à rester avec un certain inconfort afin de développer la concentration et l’équanimité. Cependant, ce principe ne s’applique pas de la même manière à toutes les sensations.

Les genoux méritent une attention particulière. Je connais un certain nombre de pratiquants de longue date qui ont continué à forcer des postures assises avancées malgré des douleurs aux genoux, en pensant que la souffrance faisait partie du processus. Dans bien des cas, un coussin plus haut ou une posture différente aurait été une solution plus intelligente. Les genoux sont des articulations relativement délicates, et une douleur persistante dans cette zone mérite d’être prise au sérieux.

Dans de nombreux cas, sortir de sa zone de confort est bénéfique. Apprendre à rester présent face à l’inconfort fait partie du yoga. Mais lorsque cette attitude se transforme en obstination et que le bon sens disparaît, le risque de blessure augmente.

Le yoga n’exempte pas du discernement. Une pratique intelligente consiste à écouter les signaux du corps, à tenir compte du contexte et à adapter les techniques lorsque cela est nécessaire.

5. Rechercher l’intensité plutôt que l’harmonie

À partir d’un certain niveau de pratique, les effets du yoga deviennent tangibles. La pratique influence alors directement votre état intérieur. Une séance peut apporter davantage de calme, de clarté mentale, d’énergie ou de stabilité émotionnelle. Cette découverte est souvent fascinante.

Le piège consiste alors à vouloir toujours plus. Plus d’énergie. Plus de sensations. Plus d’expériences. Plus d’états modifiés de conscience.

Or, en yoga, plus n’est pas nécessairement mieux.

Ce que vous devez rechercher n’est pas l’intensité, mais l’harmonie. Les effets les plus utiles sont ceux qui s’intègrent naturellement dans votre vie quotidienne et qui peuvent être maintenus dans la durée.

Poussées trop loin, certaines pratiques peuvent devenir déstabilisantes. Des expériences qui paraissaient inspirantes au départ peuvent alors devenir inconfortables, déroutantes, voire inquiétantes. Je connais ce piège pour y être moi-même tombé. Jeune pratiquant ambitieux, j’ai connu plusieurs difficultés liées à une pratique qui cherchait constamment à repousser les limites.

Le yoga est davantage un marathon qu’un sprint. Une évolution progressive, stable et équilibrée produit généralement de meilleurs résultats qu’une recherche constante d’expériences intenses.

6. Développer un matérialisme spirituel

Traditionnellement, le yoga consiste en grande partie à remettre en question les idées que nous avons sur nous-mêmes et à nous rapprocher de notre véritable nature.

Paradoxalement, une pratique sincère produit souvent dans un premier temps l’effet inverse. L’ancienne identité commence à s’effacer, mais elle est remplacée par une nouvelle identité : celle du pratiquant de yoga, du méditant ou de la personne spirituelle.

Cette nouvelle identité peut sembler plus raffinée que l’ancienne, mais elle conserve souvent les mêmes défauts. Elle peut devenir rigide, intolérante, prétentieuse ou attachée à l’idée d’avoir raison.

Mon enseignant, Swami Janakananda, racontait souvent une histoire à ce sujet. Au départ, nous sommes comme un oiseau noir : inconscients de nous-mêmes et de nos mécanismes. Puis nous devenons un oiseau blanc. Nous découvrons la spiritualité, nous pensons avoir trouvé la vérité et nous ressentons parfois le besoin de la défendre. Ensuite vient l’oiseau gris. Nous commençons à voir la complexité de notre propre caractère, nos contradictions et nos zones d’ombre. Ce n’est qu’après cette étape que peut émerger l’oiseau de feu, symbole de l’éveil véritable.

Le maître tibétain Chögyam Trungpa a popularisé une observation similaire dans son livre Spiritual Materialism. Selon lui, l’ego est capable de récupérer même la spiritualité pour se renforcer lui-même. On ne cherche alors plus la vérité ou la liberté intérieure, mais à devenir quelqu’un de spécial, de pur ou d’éveillé.

À mes yeux, l’un des signes de maturité dans le yoga n’est pas de se sentir plus important ou plus avancé que les autres, mais de devenir plus humble, plus ouvert et plus conscient de la complexité de l’expérience humaine.

7. Pratiquer au-dessus de son niveau

C’est l’une des erreurs les plus fréquentes que j’observe.

Lorsque le yoga commence à porter ses fruits. Vous devenez plus souple, plus concentré, plus calme et plus confiant dans vos capacités. Naturellement, beaucoup de pratiquants sont alors attirés par des techniques plus avancées.

Le problème est qu’augmenter la difficulté trop rapidement accélère rarement les progrès. Pour produire leurs effets, les pratiques doivent correspondre à votre niveau actuel. Lorsqu’une technique est trop avancée, elle devient souvent moins efficace et peut même freiner votre progression.

J’ai vu des pratiquants stagner pendant des années parce qu’ils cherchaient constamment à passer au niveau supérieur au lieu d’approfondir les bases. Le même phénomène apparaît souvent dans les cours collectifs. Les élèves qui se précipitent vers le niveau suivant sont souvent ceux qui finissent par abandonner la pratique, tandis que ceux qui prennent leur temps sont généralement ceux qui restent sur le long terme.

Le yoga ne fait pas exception.

On ne devient pas bon en yoga en pratiquant des techniques avancées.

On pratique des techniques avancées parce qu’on est devenu bon en yoga.

8. Croire que le yoga devrait toujours être confortable

De nombreux pratiquants comprennent qu’il est contre-productif de forcer excessivement. Mais certains tombent alors dans l’excès inverse.

Aujourd’hui, certains enseignants accordent une telle importance au confort et à l’évitement de toute contrainte que la pratique finit par perdre une partie de son pouvoir de transformation.

Or, le corps et l’esprit s’adaptent lorsqu’ils sont confrontés à un niveau de défi approprié. Si vous restez systématiquement dans votre zone de confort, vous ne stimulez pas suffisamment votre corps, votre système nerveux ou votre attention pour déclencher ces adaptations.

Cela ne signifie pas qu’il faille rechercher la douleur ou l’épuisement. Mais une pratique mesurée et efficace comporte une certaine dose d’inconfort. Les muscles travaillent. L’attention fatigue. L’immobilité devient parfois difficile. C’est précisément en apprenant à rester présent face à ces défis que de nombreuses qualités se développent.

La solution ne se trouve ni dans l’excès d’effort ni dans la recherche permanente du confort, mais dans un juste équilibre entre les deux.

9. Chercher constamment la technique parfaite

De nombreux pratiquants tombent tôt ou tard dans ce piège.

Ils ont le sentiment qu’il leur manque quelque chose. Une meilleure technique. Une méthode plus puissante. Un enseignement plus avancé, une doctrine secrète. Ils passent alors leur temps à chercher ce qui pourrait enfin faire décoller leur pratique.

Pourtant, dans la plupart des cas, le problème n’est pas la technique.

Lahiri Mahasaya, maître de Kriya Yoga, enseignait que les possibilités contenues dans les pratiques les plus simples étaient déjà immenses. Selon lui, même la première kriya de son approche peut conduire jusqu’au but.

(Lisez cet article, pour mieux savoir ce qu c’est le kriya yoga dans notre tradition)

J’aime également cette remarque de Baba Rampuri : « La façon dont vous pratiquez est plus importante que ce que vous pratiquez. »

Au fil des années, j’ai souvent observé des pratiquants qui passent davantage de temps à rêver de nouvelles techniques qu’à pratiquer celles qu’ils connaissent déjà. Cette recherche permanente crée facilement l’illusion du progrès.

Cette tendance est proche de ce que Chögyam Trungpa appelait le matérialisme spirituel. L’accumulation de techniques, de formations ou d’initiations peut devenir une manière de construire une identité spirituelle plutôt qu’un moyen d’approfondir la pratique.

Les pratiquants les plus mûrs que j’ai rencontrés ont généralement suivi le chemin inverse. Avec le temps, leur pratique est devenue plus simple, plus calme, plus continue et plus stable.

Très souvent, ce n’est pas une nouvelle technique qui vous manque.

C’est davantage de profondeur dans celle que vous pratiquez déjà.

10. Séparer le yoga du reste de sa vie

Pendant longtemps, je suis moi-même tombé dans ce piège.

J’aimais pratiquer et j’avais souvent l’impression que la vie m’éloignait du yoga. Le travail, les responsabilités, les relations et les obligations quotidiennes semblaient constamment interrompre ma pratique. Comme beaucoup de pratiquants, je rêvais parfois d’une vie de sadhu, retiré du monde et entièrement consacré à la sadhana.

Derrière cette attitude se cache souvent une idée implicite : le yoga serait pur, tandis que la vie ordinaire nous en détournerait.

Cette façon de voir les choses crée une tension permanente. On a le sentiment d’être constamment tiré dans deux directions opposées.

Avec le temps, j’ai compris qu’une partie de la solution consistait à cesser de séparer le yoga du reste de la vie.

Dans le Karma Yoga, les actions du quotidien deviennent elles-mêmes un terrain de pratique. Dans les Yoga Sutra de Patanjali, les yamas et les niyamas donnent une orientation yogique à notre manière de vivre. Dans le Tantra, la frontière entre le spirituel et l’ordinaire devient beaucoup moins rigide. La vie n’est plus considérée comme un obstacle au chemin, mais comme une partie du chemin.

Même des activités simples peuvent alors être abordées différemment. Préparer un repas, manger, travailler, écouter quelqu’un ou prendre soin de sa famille peuvent devenir des occasions de développer la présence, l’attention et certaines qualités intérieures.

À mes yeux, l’un des signes de maturité dans le yoga est précisément cette capacité à laisser la pratique déborder du tapis pour imprégner le reste de l’existence.

Le but n’est pas seulement de faire du yoga.

C’est de vivre avec plus de conscience.

Pour citer mon maître Swami Janakananda, le yoga est comme se brosser les dents : on le fait pour mieux vivre.

Il serait absurde de consacrer toute sa vie à se brosser les dents.

Le yoga est un moyen, pas une fin.

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Christian Möllenhoff 2024
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Christian Möllenhoff

Professeur de yoga et formateur d’enseignants, Christian est reconnu pour sa pédagogie rigoureuse et inspirante. Il est le professeur principal de l’école Yoga & Méditation Paris, le créateur du site Forceful Tranquility, et l’auteur principal de ce blog.

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