La méditation de pleine conscience : qu’est-ce que cela signifie ?

Par Christian Möllenhoff – publié le 8 mars 2018

Femme pratiquant la méditation pleine de conscience

Depuis plus d’une décennie la “méditation de pleine conscience” est le style à la mode. Mais de quoi s’agit-il ? D’où vient ce terme et en quoi la pleine conscience se distingue-t-elle des autres formes de méditation ? Comme vous allez le voir, les frontières sont floues.

“Méditation” est un terme fourre-tout qui regroupe de nombreuses techniques contemplatives. On considère généralement qu’il s’agit de rester assis, immobile en dirigeant son attention vers l’intérieur. Mais ce que fait le méditant varie selon la méthode. Lors de la pratique, il emploie un objet d’ancrage vers lequel il dirige son attention. Cet objet peut être, entre autre, la respiration, une visualisation, les sons autour de lui ou un mantra.

L’attitude envers les déviations d’attention est un facteur déterminant le caractère de la méditation. Si l’on fait exception des virtuoses ou de pratique intense sous conditions exceptionnelles, vient un moment où l’attention commence à se balader. Si le but est de rester fermement avec l’objet d’ancrage et d’ignorer les déviations, la méditation a un caractère de concentration.

Si par contre le méditant profite de la déviation pour permettre à ce qui a pris son attention de s’exprimer naturellement, tout en observant, sans intervenir ou évaluer, alors la méditation prend un autre caractère. Je préfère dans ce cas précis parler d’attention ouverte. Selon le docteur Herbert Benson, pionnier dans le domaine de la recherche sur la méditation, cette attitude passive est même requise pour entrer dans un état méditatif.

J’aime comparer ces deux approches à un continuum. A une extrémité nous avons des techniques de concentration pure et de l’autre une attention ouverte sans l’appui d’un objet de méditation. Le méditant reste simplement conscient de ce qui se déroule naturellement.

Alors où s’inscrit la méditation de pleine conscience dans ce continuum ?

Définitions de la pleine conscience
Selon les chercheurs Richard J. Davidson et Daniel Goleman, il existe au sein même de la communauté scientifique, une confusion quant à savoir ce que signifie exactement la pleine conscience, et ce, bien qu’il s’agisse d’une méthode de prédilection parmi les chercheurs  d’aujourd’hui.

Dans un entretien avec le philosophe Sam Harris (Waking up with Sam Harris # 111, 34,3 mn),  Daniel Goleman définit la méditation de pleine conscience à travers une attitude :

“La méditation de pleine conscience, comme enseignée dans les traditions classiques, nous encourage à adopter une posture sereine envers le va et vient de nos émotions et pensées, et de les voir comme des émotions et des pensées plutôt que le “moi”, et de simplement les observer sans jugement ou réactivité, de les laisser venir et partir.”

Pour le Dr Benson, cette attitude est fondamentale pour la méditation. J’ai personnellement pratiqué depuis presque 20 ans la méditation à travers cette même  posture sans n’avoir jamais employé le terme de pleine conscience.

Le professeur de médecine John Kabatt Zinn, fondateur du Mindfulness Based Stress Reduction (MBSR), donne une autre définition de la méditation de pleine conscience, c’est “la conscience qui émerge en dirigeant son attention, délibérément et sans jugement, vers l’expérience se déroulant dans le moment présent”. Il souligne ainsi l’état qui s’installe suite à la pratique.

A travers ces approches, on peut comprendre que la méditation de pleine conscience par excellence serait ce que j’ai appelé une « méditation d’attention ouverte », c’est-à-dire une  méditation au cours de laquelle le pratiquant ne fait aucun effort pour contrôler son attention, mais où il observe l’expérience se déroulant spontanément dans le moment présent.

En fait, l’attitude de pleine conscience pourrait aussi bien être appliquée dans une méditation avec un point d’ancrage, au milieu de mon continuum précédemment décrit. Dans ce type de méditation le moment de “pleine conscience” serait l‘instant où le méditant devient conscient qu’il a oublié son point d’ancrage. Une instruction typique est alors d’observer sans jugement ce qui a entraîné son attention ailleurs. Puis l’attention est ramenée à l’objet d’ancrage et un nouveau cycle commence.

Mindfulness et Sati
La méditation de pleine conscience a d’abord connu ses lettres de noblesse avec son intitulé anglais “mindfulness”, traduit du mot pâli*  “sati” par le spécialiste britannique du pâli Thomas William Rhys David. Littéralement sati signifie mémoire.

Techniques ancestrales
C’est de la méditation bouddhiste vipassana qui se sont inspirées les techniques modernes de méditation de pleine conscience, mais aussi la méditation tibétaine dzogchen ou maha mudra ou encore la méditation japonaise zen. Au sein de notre tradition, une méditation moins connue appelée antar mauna tient une origine similaire.

En fait la plupart des méthodes de méditation traditionnelle enseignées aujourd’hui emploient l’attitude décrite dans le terme de pleine conscience.

Mindfulness based stress reduction – MBSR
Aujourd’hui, la forme de méditation de pleine conscience la plus couramment enseignée dans le monde est le MBSR. La méditation MBSR a rencontré un tel succès qu’elle est quasiment devenue synonyme de pleine conscience, une situation qui semble convenir aux organismes enseignant cette méthode. MBSR Paris décrit ainsi sur son site que “la pleine conscience est le nom ​d’une forme de méditation dont l’apprentissage a été formalisé sous la forme de deux protocoles appelés MBSR et MBCT.”
(MBCT, mindfulness based cognitive therapy est une thérapie de groupe également développée par John Kabat Zinn.)

Le MBSR était au départ un projet mené par l’Université du Massachusetts afin de traiter les douleurs chroniques. Puis cette méthode a suscité un grand intérêt en médecine dans la prise en charge et le traitement de diverses pathologies. MBSR et d’autres programmes similaires sont aujourd’hui fréquemment employés dans les écoles ou les hôpitaux.

Le programme se déroule sur huit semaines, à raison d’une séance de 2h30 – 3h30 par semaine. Il est demandé aux participants de méditer quotidiennement et de manière autonome une heure par jour, six jours par semaine.

Les techniques enseignées dans ce programme sont inspirées des traditions ancestrales, plus particulièrement de la tradition bouddhiste, notamment la tradition du moine birman Sayagyi U Ba Khin (1899-1971). Ces techniques comprennent aussi le yoga facile doux, effectué d’une manière consciente et toute une flopée d’autres techniques. Les méthodes sont simplifiées et accessibles. Tous les aspects mystérieux ont ainsi été évincés pour attirer et rendre la pratique accessible aux Occidentaux.

La méditation de pleine conscience est-elle enseignée à l’école Yoga & méditation Paris ?
Au sein de la tradition que nous poursuivons, nous n’employons pas l’expression « méditation de pleine conscience », mais les principes qui la caractérisent sont profondément intégrés dans notre enseignement, dans notre approche globale et plus encore dans la méditation antar mauna.

Entre la méthode MBSR et notre enseignement coexistent des points communs certes, mais aussi des différences importantes. La plus grande à mon sens est que le MBSR est conçu pour des débutants absolus souhaitant une première initiation. L’enseignement à l’origine destiné aux patients, reste doux, léger, thérapeutique et axé sur la réduction du stress.

Notre enseignement est issu d’une tradition de yoga où la libération (autrement dit la découverte de qui on est véritablement) est le but ultime. Nous employons une gamme plus large de techniques complémentaires. L’élément pleine conscience est un composant parmi d’autres.

Et tout ce qui n’est pas méditation de pleine conscience, qu’est-ce donc alors ?
Si la plupart des méditations connues peuvent être décrites comme des méditations de pleine conscience, quelles sont donc les autres formes de méditation ?

Lorsque je regarde les techniques que nous enseignons, aussitôt me viennent à l’esprit quelques exemples que je pourrais citer tel Yoga Nidra, technique qualifiée de “relaxation méditative” plutôt que méditation (mais ailleurs des méthodes semblables sont considérées comme une méditation).

Tratak est une méditation proche du pôle concentration sur mon continuum. Nous avons l’habitude de la considérer comme une technique de concentration plutôt que comme une méditation, même si l’élément pleine conscience n’est pas entièrement absent.

La source d’énergie, notre Ajapa Japa (qui est en vérité le début de kriya yoga) et Kriya Yoga lui-même ne s’inscrivent pas non plus dans cette catégorie de méditation de pleine conscience. Ce sont des techniques qualifiées de méditation pranayama par certains. Ici le but n’est pas de cultiver la connaissance du fonctionnement de la conscience. Certes cette attitude d’acceptation envers les déviations d’attention est présente, mais uniquement comme appui.

Il en est de même des techniques axées sur la visualisation ou de la pratique metta (rayonner consciemment la bienveillance). Des méditations basées sur la pensée positive ou des suggestions n’entrent pas non plus dans la catégorie méditation de pleine conscience.

* Le pali est une des nombreuses langues parlées en Inde. Les premières écritures bouddhistes étaient rédigées dans cette langue.

Remerciements :
Mona Bessaa, pour la relecture.